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IL (Derek Van Arman)

Publié le par Chris Mo

IL (Derek Van Arman)

IL

(Derek Van Arman)

Sonatine 2013 – Pocket 2014

Just Killing Time

New English Library Hardbacks (1992)

Replongeons dans le siècle précédent le nôtre.
En 1989, au nord-est des États-Unis. L’histoire se déroule entre l’État de Ny – d’un bureau fédéral, le Vicat (unité spéciale pour les crimes violents, en principal : actes commis par les tueurs en série), dans la cime d’une des tours jumelles ; et celui du Maryland — Washington et quelques bourgades périphériques d’où les faits majeurs ont eu lieux.

À l’issue d’une recherche innocente et pleine de rêves d’aventures, Elmer Janson, un gamin chasseur de trésor, découvre des restes humains.
Madame Clayton et ses deux filles sont assassinées.
Une adolescente disparaît.
Et dans d’autres régions, des victimes tombent comme des mouches.

Le directeur du Vicat, l’agent spécial analyste John F. Scott (alias Jack, on ne sait pas pourquoi) – qui repère le caractère « serial killer » aux méthodes similaires à une affaire très ancienne qui pourtant était clôturée, et l’inspecteur de la police d’État du Maryland, Franck Rivers – qui tire la sonnette d’alarme sur des corrélations non exploitées entre de multiples faits ; seront amenés à mettre leurs ressources en commun afin de démêler tout ces mystères glauques.

L’auteur nous explique le fonctionnement méthodique et dénué de sensations émotionnelles chez le tueur récréatif (le sociopathe ?) et son opposé l’être humain dit « classique » capable d’émotions fortes et parfois perdu par la peur de la violence. L’exploitation de l’innocence naïve des gens pensant que rien n’arrive si ce n’est à l’autre est un filon favorable à ces assassins pour s’épanouir, par l’effet de surprise calculé, par la domination, par le contrôle de ces failles, par la jouissance de l’absence totale de maîtrise de soi, pour se rapprocher le plus possible de ce qui leur apparaît comme une émotion.

« Il » c’est l’histoire de chaque protagoniste et celles des villes concernées. Tout est présenté avec patience et propreté. Beaucoup de profondeur. J’ai beaucoup apprécié ce bouquin pour sa précision, pour le maintien de l’ordre dans tous ces éléments distribués. Une histoire au suspens évident. Assez proche du genre Shane Stevens quand même. C’est appréciable.

Par contre le titre, un exercice d’accroche évident auquel je préfère l’original qui amène plus à se poser des questions.
Just Killing time – tuer le temps (ou quelque chose dans le genre)

Pourquoi tant de longueurs ?

Certaines s’expliquent en se plaçant du point de vue des personnages.

Celui du tueur, méticuleux, à cheval sur le moindre détail pour que tout fonctionne sans dérapage.

Celui des inspecteurs, qui ne peuvent se permettre d’omettre un détail pour ne pas fausser les pistes de l’enquête en cours et peut-être rater l’occasion d’arrêter le ou les coupables.

Puis vient le ressenti des victimes, le placement du décor, etc.

Au final, oui il y a des moments où l’auteur tire un peu sur la ficelle pour des détails secondaires, mais cela n’entraîne pas de conséquences sur la trame générale. L’histoire évolue très bien. Prendre son temps pour lire ce livre en vaut la peine. Le tout apporte une histoire malsaine avec une construction adéquate : en quatre parties, coupées de chapitres par scène. Celles-ci sont complètes, sans omettre le moindre grain de poussières ou souffle de vent pour l’action qui aura lieu. J’ai le sentiment que l’auteur a recherché cette perfection où l’omission serait ressentie comme un manque de sérieux pour l’histoire, pour la mémoire des gens disparus dans des conditions horribles (car il y a toujours une part de vraie dans certaines fictions...). Les longueurs sont crédibles et irréprochables.

Question ?

Si un tueur récréatif est amputé de sa capacité d’éprouver des sentiments comme l’aveugle qui n’a jamais vu les couleurs :

« Extérieurement, il semble parfaitement normal, il est d’une intelligence peu commune, éduqué, avec du savoir-vivre. Et pourtant, il ne ressent rien… Il ne subsiste pas la moindre étincelle d’émotion dans son âme, s’il n’en a jamais possédé une. » (P438)

Alors, n’est-il pas contradictoire d’écrire ceci en p547 ?

« Il adorait l’intimité de ces voix…, l’étalage obscène du comportement humain sous toutes ses formes ; au point qu’il répugnait à abandonner ces énigmes sans réponses. La vérité navrante, c’était qu’il y avait été obligé, bien à contrecœur, car la conversation…, leur manière de jouer et de se taquiner, l’avait perturbé, l’inondant de souvenirs et l’emplissant de regrets. »

Comment le tueur peut-il adorer, répugner, être perturbé ou encore — et surtout — avoir des regrets dans ce cas-ci – à ce moment de l’histoire, il est seul, rumine et ne procède pas à une imitation de comportement pour passer inaperçu ?

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