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La cité sauvage (T.J. English)

Publié le par Chris Mo

La cité sauvage (T.J. English)

La cité sauvage

(10/18 - 2014)

(Les Éditions La Table Ronde - 2012)

The savage city

(T.J.English 2011 )

T.J. ENGLISH*

Irlandais, né à Washington en 1957, issu d’une fratrie de 10 enfants dans un milieu ouvrier.

Il a multiplié les petits boulots en parallèle de son activité de journaliste indépendant (Esquire, New York Magazine), scénariste pour les séries NYPD Blues et Homicide.

C’est un auteur de non-fiction qui touche au crime organisé et la justice pénale.
Il a 4 autres ouvrages importants à son actif – sans compter les interviews de personnalités comme l'acteur Bill Murray, l’ancien maire de Chicago Richard J. Daley, le réalisateur Martin Scorsese, et la légende de la comédie George Carlin — dont « Nocturne à La Havane » publié chez 10/18 en même temps que « La cité sauvage ».

Les autres livres non traduits sont : The Westies (1990, sur un gang irlandais des années ’70 à ’80 de NY) ; Born to kill (1995, à propos des gangs vietnamiens dans Chinatown) ; Paddy Whacked (2005, mafia irlandaise)

*Source : Site de l’auteur

Le sujet

À cause de la révolution industrielle d’après seconde guerre mondiale, la venue de machines agricoles remplaça la main d’œuvre coûteuse et entraîna la migration massive du peuple noir du Sud vers le Nord des Etats-Unis dans les années ’40, ’50. Le peuple exploité s’insurgea, le mécontentement gagna petit à petit NY. Les blancs quittèrent la ville depuis que cette présence étrangère massive bouleversa leur quiétude.

Nous pénétrons ainsi dans la période ou la ville est en ébullition.

Nous sommes dans le NY des années 1960 à 1970.

Où :

Les Noirs se révoltent pour leurs droits civiques. La corruption du NYPD (New York Police Departement) et du système judiciaire pénale dans son entièreté est montrée du doigt. C’est aussi l’âge d’or de la Cosa Nostra (mafia), du racisme, de la ghettoïsation des minorités, des activistes anti-Vietnam (et donc la lutte contre le communisme, la propagande, l’implication du FBI, du président Nixon…).

Un évènement déclencheur de l’embrasement de cette aberration sera l’assassinat de deux femmes blanches, l’affaire Wylie-Hoffert, le jour de la marche de milliers de personnes vers Washington pour entendre le discours de Martin Luther King en 1963. C’est également l’année de l’assassinat de Kennedy, peu après surviendra celui de Malcom X en février 1965, et de ML King en avril ’68.

Les émeutes se multiplient plus violentes (comme celle de ’64), la guerre civile hurle à l’injustice, le combat pour l’abdication de la scélératesse est à son apogée. La peur et la haine s’intensifient, c’est l’hystérie collective, les extrémistes policiers et les mouvements de défenses des noirs comme les Blacks Panthers, puis le groupuscule radical BLA (Black Liberation Army) tirent sans sommation. NY est la résurrection du Far West.

Rien ne va plus. Les morts s’accumulent, la société est en mutation.

À travers le quotidien de personnes issues de ces différents milieux comme Bill Phillips, le flic corrompu ; comme Dhoruba Bin Wahad membre actif des Black Panthers et du BLA par la suite ; comme le plus symbolique de la cause d’égalité des droits des noirs devant l'injustice blanche, Georges Witmore — qui vivra une dizaine d’années dans l’incertitude, balancé d’un procès, d’un appel, à un autre, des passages en prisons régulières aux hôpitaux psychiatriques pour des meurtres qu’il n’a jamais commis ; l’auteur nous amène là où ça fait mal, là où les premières étincelles du changement ont eu lieux. Il nous invite à constater l’ampleur que peut prendre la voix du peuple, celle de la colère devant un système encore immature à cette époque. Il nous plonge dans l’instant où la suprématie blanche et corrompue agonise.

Qu’est-ce que c'est que cet ouvrage ?

Ni plus ni moins le livre qui redore le blason de la fonction journalistique.

Par T.J. English qui prend son temps à l’heure où le temps presse.

Ce bouquin est un très gros dossier. Captivant de rcroît. Voilà, enfin, du journalisme que je découvre et que j’admire. L’auteur a le sens de la retranscription de faits précis dans un contexte houleux, difficile et compliqué à décortiquer. A la fin du bouquin, il suffit de voir la bibliographie, les documents, les interviews, les reportages sur lesquels il s'est basé... c'est impressionnant (près d'une dizaine de pages de sources/références !). Cet ouvrage redonne des couleurs au métier du journalisme à l’heure où l’info « buzzienne » qui, pour un oui ou pour un non, submerge la toile, la télévision et les journaux ; et par voie de conséquence salit la fonction embarquée dans le tsunami de la surmédiatisation.

Oui, des faits d’actualités passés ou présents vus par un journaliste d’investigation passionné qui rend accessible son travail à tous lecteurs – pas seulement les initiés en tous genre ; et bien, ce type de dossier rigoureux, éclairé et facile à lire, j’en redemande.

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