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Les chroniques barbares - Mallock

Publié le par Chris Mo

Les chroniques barbares - Mallock

MALLOCK

Cycle :
Les chroniques barbares
Le principe de parcimonie T5
Fleuve Noir 2016

Les livres peuvent se découvrirent séparément.
Voici l’ordre chronologique :

1. Les Visages de Dieu

2. Le Massacre des Innocents

3. Le Cimetière des Hirondelles

4. Les Larmes de Pancrace

5. Le Principe de Parcimonie

C’est le retour attendu de l’ambiguïté « Mallockienne », de son intransigeance, de son écorce protectrice de la mélancolie flottant dans un corps sous tension quand les intuitions parlent.
Un choc de titan est en cours entre l’ours et un collecteur de scalpes, alias Jeronimo, alias le polichinelle avec un masque à la « tête de Thot, avec son bec d’Iris, non pas noir mais jaune » (p441), etc.… Un adversaire une fois de plus redoutable et extrêmement dangereux qui déstabilise la communauté des gens heureux — surtout bien au jus du jeu de rôle « Démagogie » — très satisfaits d’eux-mêmes ; des politiciens, des journalistes, un philosophe, une actrice de téléréalité, et une attention particulière est accordée au peuple pour le grand final apocalyptique.

En même temps, le décor prend une allure de déluge ; Paris se noie dans la Seine, victime des intempéries, elle finit par être paralysée à cause du froid.
En somme, c’est un tableau beau et morbide signé par des lettes de sang.

Livre 1
Une grande partie de l’ouvrage, l’enquête est au point mort comme de coutume. Elle est passive. L’heure est aux présentations – des deux côtés de la barrière, ainsi que des indices. Le commissaire traîne, tâte, fidèle à lui-même ; il se met les autorités à dos sauf l’équipe du fort évidemment.

Livre 2
L’action en bonne et due forme agit sur le lecteur gourmand. Tout se déclenche, ouverture des vannes sanguinaires et d’eau opaque de la Seine — débordement fluvial. Il y a un air de déluge. C’est l’apocalypse au point d’user d’hovercraft dans la ville ! Une pluie de victimes mortes ou gravement blessées nourrit la catastrophe.

Livre3
L’inattendu se pointe avec le dénouement, en toute logique. Découverte du semblant de catatonie de Mallock sur l’enquête. Sa logique se révèle implacable. La fin n’est pas la fin, beau détour.

Il ressort de l’histoire, en plus de la mise en avant des psychopathes et de leurs procédés audacieux d’exécutions ou de tortures, une métaphore du terrorisme et des motivations qui l’engendre. De la tension qu’il génère entre des attentats, de la paranoïa ambiante, de la peur, de l’horreur ; entre autres, il y a une légère ressemblance avec le massacre du bataclan dans l’action, et la période des fêtes de fin d’années comme dans « Les Visages de Dieu » d’ailleurs.
Ce dernier livre était parcimonieux dans la construction, ses personnages attirants, certains touchants et d’autres exécrables. Encore un Mallock en forme. C’était un réel plaisir de retrouver cet enquêteur entier. L’atmosphère hivernale proche d’une fin du monde glacial et d’une beauté à nourrir les peintres est le sommet de l’ambiance de l’histoire ; j’en attendais autant de l’évolution des conditions climatiques – jusqu’à imaginer que le décor reste figé à jamais – que de l’enquête.

— Je reprocherai le côté très, voire trop, scénario américanisé dans une partie du livre, et ce, jusqu’au physique du président français très proche du président américain. Le genre de détail qui n’était pas vraiment nécessaire. Le lecteur aura pu le constater dans les autres romans du cycle des chroniques barbares que tout pouvait fonctionner sans jouer la carte de la séduction envers Hollywood. C’était à la limite : tout le monde s’embrasse et applaudit à la fin. Sauf qu’il y a eu une belle reprise des reines avec une meilleure finalité plus proche du commissaire énigmatique et poétique.

Les chroniques barbares - Mallock

MALLOCK

Les visages de Dieu

(Pocket 2014)

De Noël au Nouvel An.

Paris.

La période des tristesses de fin d’année, celle des fausses promesses, celle de l’absence de magie, est celle où il n’y a pas d’espoir. Un écoulement du temps surveillé par la peur et l’horreur ; qui s’étend comme une mer de goudron sans éclat au dessus des maisonnées ; qui laisse pour seul cadeau dans les cheminées, l’ombre de la mort.

C’est le moment propice — bien qu’indésirable, ou le commissaire divisionnaire du 36 quais des Orfèvres, Amédée Mallock, prend connaissance d’un dossier pourpre. Celui du « Maquilleur », un tueur en série inventif, un artiste pieux et sans pitié — évidemment.

Mallock, un ours puissant, sauvage, solitaire qui court après le mal absolu, après l’infamie, l’injustice, qui ne tente même pas de fuir la tristesse inconsolable devenue sa chair. Un être seul, sans dieu, sans femme, sans fils… Ils sont morts, c’est tout.

Mallock est un « anartriste sans étiquette ».

Un personnage déçu, amer, en colère contre sa race humaine déboussolée. Il reste néanmoins fidèle à ses collègues et ses amis, ses ultimes sources d’apaisement.

Amédée met en place une méthode qui implique une masse d’énergie, de données, de pistes, diablement – du moins, il l’espère – efficaces. Il marche à l’intuition. Phénomène fort proche d’un sixième sens qu’il doit provoquer (stimulé au malt, cigare, opium…). Un voyage cauchemardesque dont il doit soustraire les éléments capitaux qui lui seraient nécessaires à ses investigations. Ce qui lui confère une espèce de don extra-lucide proche de la voyance, du paranormale, et un atout considérable pour évoluer lors de cette enquête morbide.

Cela suffira-t-il devant un individu déterminé à porter son œuvre théologique et magistrale au sommet du firmament, à toucher son apothéose du doigt par ses rituels sacrificiels ?

Critique

Insistant et juste sur l’atmosphère désarmante, la poussée de fausse joie, l’étouffement que provoque la colère des personnages, la tension, les inconnues. Tout y est pour respecter le genre littéraire : le sang, les déchirures, les stratégies des parties policières, politiques et assassines, les coups de gueule, les petits désolés, la tragédie, l’indicible et un bon souvenir de lecture.

L’enquête évolue lentement, minutieusement, une belle approche méthodique qui provoque l’impatiente. Les capacités de déductions du commissaire appuyées par un côté mystique nous emmènent sur des voies intrigantes et très pointilleuses.


Les détours pour déstabiliser le lecteur et l’éloigner d’une évidence sont appropriés (même si l’un d’eux, qui aurait pu provoquer une autre tournure intéressante et beaucoup plus complexe, a été finalement laisé). L’issue est bien trouvée même si elle est un petit peu victime d’une goutte de débordement de générosité dans la distribution d’indices de la part de Mallock – assez tard et donc peu dommageable à l’histoire. Le texte offre quelques clins d'œil à la linguistique, un terrain de jeux de mots subtil. L'ensemble est moins surprenant sur l’accroche et le scénario que pour « Le cimetière des hirondelles » (Fleuve Noir 2013). C’est le premier roman, ceci explique cela, ça ne touche pas l’évolution et l’augmentation de la difficulté de l’enquête et l’effet de surprise reste réussi.

Pour conclure, je dirai que c'est un livre envoûtant, très réussi, complet et fluide ; qui se situe très clairement entre « Dragon rouge » de Thomas Harris (Pocket 1989) et des histoires et légendes de la « Comtesse Bathory » (d'ailleurs, « Comtesse Bathory » est le titre du livre de Patrick Mc Spare publié aux éditions Éclipse). Si par ailleurs, vous avez l’impression que c’est du resservi, j’ajouterais que le bouquin en vaut le détour pour la beauté de ses métaphores et pour le ton donné.

Les chroniques barbares - Mallock

Mallock

Le cimetière des hirondelles (2013)

Fleuve Noir

Synopsis

Amédée Mallock, commissaire au 36 quais des Orfèvres, s’impose un vol pour San Dominge (République Dominicaine). Mission : prendre en charge le rapatriement de Manuel Gemoni en France. C’est le frère de son petit doigt, le capitaine Julie Gemoni (membre du Fort Mallock). Le commissaire prend l’affaire à cœur ouvert. Manuel, agrégé d’archéologie, enseignant chercheur au Collège de France, du jour au lendemain ; après le visionnage d’un documentaire, quitte la maison, s’envole pour la République Dominicaine et assassine Tobias Darbier, un vieil homme qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adan.

Impression

La scène d’ouverture intrigante et sanguinaire captive instantanément. Le lecteur pénètre une porte immense et béante où il entend une histoire, il s’en laisse conter avec plaisir et n’a d’autre choix que de s’enfoncer dans l’obscurité. Il ingurgite cette délicatesse déguisée. Celle-ci suscitant en lui une sorte d’émoi, le poussant à un voyeurisme macabre et l’incitant à passer au chapitre suivant.

Car ces mots, Mesdames et Messieurs – S’il veut tuer cet homme, ce vieillard immonde, c’est qu’un jour Darbier l’a tué, lui, Manuel Gemoni – assujettissent le lecteur !

Un mot sur Amédée Mallock :

« Entre Cyrano et Don Quichotte, Mallock était inadapté à son époque et à la terre tout entière. Il avait vu l’hypocrisie et le mensonge triompher, le discours des justes devenir inaudible, mais il n’en continuait pas moins à se battre pour sauver les châteaux de sable de l’avancée des vagues. Grand empereur du paradoxe et roi de l’oxymore, Mallock conjuguait dans un même cœur orgueil modeste, larmes et armes, tendre dureté, empathie et misanthropie ». (p34)

Il pourrait être Charles Ingalls, calme, romantique, amoureux, passionné. Et au-delà de ça, il frôle un Nietzsche enfermé à l’hosto, un Patrick Bateman en devenir, car sur le point de « péter une durite ». Il est intelligent, un niveau social honorable, dangereux, prêt à exploser. La perte de sa dulcinée et de son fils a inexorablement poussé Mallock à nager dans sa tristesse, boire la tasse dans sa rage contenue, plongé en apnée dans sa vie entre deux eaux. Il oscille entre la folie et la compassion. Le sage Amédée murmure au bouillonnant Mallock, l’image est complète. Une enquête à l’image du gaillard : Entre le soleil étouffant des îles, sous 41 °C et l’hiver laiteux, à - 10 °C dans Paris.

L’histoire est découpée en trois parties :

Livre I : Dans les chapitres suivants l’accroche initiale, la première centaine de pages donc, le commissaire prend la température, il constate et confirme la culpabilité évidente de Manuel. Aussi improbable cela soit-il pour un professeur d’archéologie réputé honnête et non violent, considéré comme le « Gandhi » de la famille. Amédée découvre L’île, son histoire dictatoriale à laquelle la victime a activement participé, et s’entretient à qui de droit pour la mise en place du rapatriement de Manuel. Mallock ne peut rien proposer pour dénouer la situation de son ami… Tout l’accuse, c’est limpide et suffisant pour la police locale. Il patauge, il dort éveillé. Il aura un premier entretien avec Manu, après plusieurs jours d’attentes.

Surviennent un coup de théâtre et une fin de première partie mystique. Le tout est étrange, a l’odeur de rumeur, d’antilogique et d’histoires vraies… C’est une énigme qui promet d’être succulente pour le doux et amer commissaire.

Livre II : Vous tabasse la sensibilité, vous assistez impuissant à une croissance non pondérée de l’horreur, la torture, mai ’44… On partage le brouillard du Mallock entre cauchemars, illusions et rationnel, la brutalité à chaque instant de toute époque… et peut-être au-delà des frontières du réel.

Livre III : Vous recevez comme une claque l’augmentation dans l’intensité de la devinette macabre, question pour un triste champion, Mallock doit se recadrer... Le lecteur doit connaître la fin même si ça fait mal.

Un beau coup de dé quelque part où il le faut même si cela ne change rien aux exactions innommables perpétrées par des fous, subies et tatouées au plus profond de chaque individu concerné. L’histoire ne nous corrige pas, mais il est possible de cultiver l’espoir et l’empathie parfois pour sucrer l’amère eau de vie qui nous hypnotise…

Un petit bout de + ou - : (que je voudrais évoquer sans trop en dire...)

. Le "coup" du médaillon, un peu attendu, place à un mouvement du destin ou de la coïncidence qui tombe à pic. Mais le lecteur qui a bien suivi attend l’apparition de la chose. Mallock savait, d’après les faits en sa possession, ce qu’il en était, lui et ses collègues auraient pu se diriger sur cette piste en premier, et ils auraient été fixés. L’extase du moment "..." serait restée intacte s’ils avaient trouvé l’objet au même moment que ... LISEZ LE LIVRE …

. Comment a été prise en charge la sécurité de Manuel après l’hôpital ? Il y a un petit blanc, rien de dramatique. La question est en suspens… N’est-ce pas trop allégé ?

L’auteur s’inscrit dans la lignée des auteurs français (et une Belge !) phares dans « la thriller mania » qui anime les passionnés et pour qui, Fleuve Noir se coupe en quatre : citons Franck Thilliez, Karine Giebel et Barbara Abel. Leur particularité, chacun à leur manière, c’est d’élaborer une idée novatrice, un texte aéré, fluide, des lectures rapides. En général, le principe est identique, la longueur des chapitres ne dépasse pas la dizaine de pages. Il y a une utilisation d’une technique qui consiste à incruster un élément intriguant supplémentaire au compte goutte afin d’accentuer et contrôler l’impatience et l’agitation du lecteur. Cela provoque une lecture effrénée teintée de rage nostalgique (mince ! C’est fini), de compassion (oh ! Le ou la pauvre) et d’esprit de vengeance partagée (bien fait pour ta pomme !). Dans « Le cimetière des hirondelles », l’histoire est plus centrée sur l’action, la centralisation sur le comportement d’un personnage clé (Mallock), sur le développement d’une idée divertissante et fine que sur la profondeur de l’état de la société. Au final, la manœuvre huilée propose un moment divertissant, effrayant, étonnant et idéal pour tout moment de pause, que ce soit en vacance sur une île, au ski, ou simplement à la maison. Et pour boucler la boucle, la couverture aguichante fonctionne très bien avec l’ensemble des ouvrages proposés. Un beau commerce, certes, mais surtout, et c'est le plus important, cohérent et fidèle aux attentes des lecteurs férus de ce type de matière. Un concept qui séduit et fonctionne très bien.

« Chaque livre peut se lire séparément, les histoires étant totalement indépendantes, ou bien dans l’ordre chronologique, afin de mieux suivre l’évolution des personnages récurrents. Plus d’info sur mallock.fr » (mention au début livre).

Commenter cet article

Books & Boom 08/03/2016 09:11

J'ai les deux premiers tomes dans ma pile de livres, j'ai hâte de me lancer dans cette aventure, ton impression globale est motivante, je comprends tout à fait les points négatifs que tu relèves et j'espère qu'ils ne me dérangeront pas lors de ma lecture :D

Chris Mo 16/02/2016 17:35

Merci énormément pour ta réaction. Fait très plaisir. Je te souhaite plein de succés avec cette saga ambitieuse !

Mallock 16/02/2016 16:11

Merci infiniment Cris pour cette bien jolie chronique, juste une petite précision sur le : "Si par ailleurs, vous avez l’impression que c’est du resservi" Les "Visages de Dieu" ont été écrit de 1989 à 1991 et sont sorti aux SEUIL en 1999, bien avant la grande fureur des tueurs en série :-) Quant à Obama, promis craché, je n'y ai pas songé un seul instant, j'avais commencé avec une femme (pour Pancrace) mais ça faisait deux femmes avec la "Méchante" alors je me suis inspiré d'un de mes copain martiniquais. Ceci dit, c'est toujours intéressant de voir le vécu de ses livres et la façon dont ils vivent un peu autrement une fois sortis de nos doigts possessifs. Bien amicalement & "keep up the good work" ^^