Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (Kerry Hudson)

Publié le par Chris Mo

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (Kerry Hudson)

Tony Hogan bought me an ice-cream float before he stole my ma. (Kerry Hudson/2012)

Kerry Hudson fait mouche du premier coup. C’est aussi simple que ça.

C’est l’histoire de Janie Ryan, de son enfance illuminée de faux espoirs, de son adolescence bouillonnante d’incompréhension et de conflits passionnés avec sa mère. C’est dans un décor noir et dans une atmosphère de précarité profonde que cette fille se trouve brinqueballée. Elle déménage d’appartements miteux et insalubres, à des chambres d’hôtes rudimentaires et à des HLM pourris.

Cela n’a rien de très rassurant. Les pronostics à propos de son avenir deviennent improbables. Par contre, la ténacité pourrait enlever cette petite très lucide, au tempérament impulsif, vulgaire et comique, sans aucun doute la copie conforme de sa mère, d’un scepticisme latent - qui devient à force un pessimisme chronique - vers une liberté plus éclairée. Le lecteur rencontrera des personnages attachants et énervants ainsi qu’une relation mère-fille puissante et explosive.

Avec le temps, Janie passera de l’enfant fidèle au cœur gros comme ça, prête à donner tout l’amour à sa mère en toutes circonstances, faisant l’impasse sur les promesses d’un monde meilleur, capable de donner sans retour ; à l’adolescente révoltée, désabusée, perdue, en conflit permanent avec le monde qui l’entoure où elle se cherche une place alors que sa mère s’enfonce dans l’absence, totalement déprimée.

Janie trouve une échappatoire dans les sorties, les beuveries, les premières expériences sexuelles et les risques que cela comporte. Elle est pointée comme une pute, une freak (= monstre humain, hippie, marginal), devenue l’objet de railleries mesquines, de provocations et d’humiliations répétées (dans l’actualité cela rappelle les suicides d’adolescentes victimes de tels comportements injustes et inacceptables).

Pour les nostalgiques d’une époque, le lecteur appréciera en plus que Janie soit bercée par la musique des années ' 80 (Rem, Coolio, Blur, Ace of Base, Oasis…), qu’elle préfère le côté indie que gothique (genre auquel appartient sa meilleure amie), car elle ne se considérait pas assez malheureuse pour le devenir (p245), qu’elle trouve du temps pour se réfugier en bibliothèque (touchée par l’Attrape-Cœur de Salinger par exemple) dans laquelle les récits lui permettent de continuer à espérer, de dénicher l’espoir d’un ailleurs où elle pourrait s’auto réaliser.

Elle doit partir. Elle le voudrait, mais il lui faut couper le cordon maternel. Seulement alors, elle pourra s’aventurer dans son univers dont elle ne sait pas de quoi il sera fait, mais dont elle est certaine qu’il sera hors de l’Écosse (Aberdeen), hors des cités difficiles anglaises, et que cela commencera à Londres.

Un beau mélange, ne trouvez-vous pas ?

Kerry Hudson casse le style autobiographique pour une histoire romancée et pour offrir un récit à la fois poignant, à la fois triste, mais pas martyrisant, à la fois amusant, amoureux et surtout, c’est un immense arc-en-ciel de sentiments forts. Un beau résultat dont l’écriture est quelque part une partie du renouveau tant recherché par la jeune Janie. Il est probable qu’une suite arrive…

Ce bouquin se lit sans accros, sans étouffements, un récit appuyé par une écriture fraîche, fluide et passionnée.

Merci Philippe Rey Éditions et l’Agence Anne & Arnaud pour cette belle découverte.

Extrait :
Deux semaines après, l’aide sociale envoya un inspecteur vérifier si maman n’avait pas menti sur le fait que son mari nous avait quittées, parce que, apparemment, beaucoup de gens faisaient ça pour grappiller quelques livres. L’inspecteur parut triste de ne pas trouver Doug caché dans les toilettes ou sous le lit, et de constater qu’il avait vraiment pris le large.
« Et je vois ici, madame…
— C’est mademoiselle maintenant, mademoiselle Ryan.
— Bien. Je vois, mademoiselle Ryan, que vous avez aussi demandé une aide exceptionnelle à cause du vol de votre porte-monnaie ? Des semaines bien difficiles pour vous, ma pauvre, et avec un nouveau-né en plus. »
Maman mit les mains sur ses hanches et avança les coudes.
« Oui, c’est pas facile. Mais qu’est-ce que je peux dire ? La petite fait des crottes d’enfer et c’était pas vraiment le genre d’homme à changer les couches. » (p170)

Commenter cet article