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Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

Publié le par Chris Mo

Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

Quatrième de couverture
" Takanori Ando, graphiste spécialiste de l'analyse d'image, reçoit une vidéo amateur montrant un suicide à l'intérieur d'un appartement banal. Son client souhaite déterminer s'il s'agit d'un véritable suicide ou d'une mise en scène de génie. À chaque visionnage de la vidéo, Takanori se rend compte que le cadre de l'image se décale très légèrement, permettant de voir jusqu'au visage du suicidé : Seiji Kashiwada. Ce dernier est un serial killer condamné à la peine de mort pour le meurtre de quatre fillettes, douze ans plus tôt, et dont l'exécution a eu lieu peu de temps auparavant...
Takanori se lance dans une enquête effrayante tandis que d'étranges phénomènes envahissent sa vie et celle de sa compagne. "

Commentaire

L'auteur a revu sa copie quant à l'économie de mots, il a fait fi des lourdeurs scientifiques apparues dans la trilogie. Les thèmes touchant à la génétique et à l'informatique sont plus accessibles. Il reste donc dans le registre de la science-fiction médicale et fantastique. le travail est plus axé sur le suspens. Ce qui rend logiquement l'enquête prenante.
Ce coup-ci, Kôji Suzuki semblerait avoir bouclé une vieille boucle – que sont devenus tels ou tels personnages ? — et le voici prêt à nous proposer quelque chose de nouveau pour l'avenir. « Sadako » serait – et devrait être — un adieu à la trilogie « Ring ». Ce livre devient un élément d'une tétralogie qui restera graver dans les mémoires en tant que quatuor malsain et regorgeant d'imagination pour les férus de science-fiction glauque.
Même s'il y a un sentiment de déjà vu ou de répétition, ou encore de frustration pour qui voulait découvrir les trois premiers tomes du cycle après avoir lu Sadako — en même temps, c'est la marque de fabrique de l'auteur et cela permet au lecteur de prendre la balle au bon sans être perdu ; cette fois, le dossier est resté agréable à lire jusqu'au bout.
Franchement, « Sadako » est mon préféré grâce à sa construction beaucoup plus aérée et grâce à l'intelligence de son intrigue d'une belle complexité, même si l'on n'y retrouve pas des scènes aussi effrayantes que jadis... et annoncées.

Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)
Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

RING
L’intégrale

Kôji Susuki

Pocket 2014

Pour les pressé(es) :

Cette intégrale est une belle réédition d’une trilogie — qui date de 1991 (T1) – ’95 (T2) – ’98 (T3) — à l’occasion de la sortie du nouvel opus proposé par l’auteur : « Sadako » (titre original « S », 2012) publié chez Fleuve Éditions en avril 2014 (voir photo ci-dessus

Ring est connu du grand public depuis l’adaptation cinématographique en 1998 pour l’original et surtout pour le fameux remake américain « Le cercle » en 2002.
Attention, les livres n’ont rien à voir avec les films. Il y a bien un concentré solide de ce qu’il y a dans la trilogie réutilisé dans les films, mais dans l’ensemble c’est fort différent. À aborder d’un œil neuf donc ; nettoyé d’attente d’extrême épouvante à chaque page tournée. Au contraire, vous devrez vous armer de patience.

Le tome 1 est une entrée en matière soft, de trop grosses parties des tomes 2 et 3 sont à la limite écœurantes à cause de la lourdeur. Cela dit, le retournement de situation inattendu où science médicale (pandémie, génétique), haute technologie informatique (virtuel, programmation à la Matrix), philosophie à la B.Werber proche du cycle des Dieux (croyance, la place de l’homme sur la terre, ses origines, l’existentialisme, la prise de décision, une autre vision du monde…), la frayeur à la S. King, sont au rendez-vous. Un tout pour lequel il faut prendre son temps. Le souci du détail scientifique est exacerbé, mais au-delà de ça, le concept est étonnant d’imagination ; toutes voiles dehors vers une autre dimension très proche de la réalité, saupoudré de genre fantastique intrigant et quelques fois effrayant.

Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

Pour celles et ceux qui ont le temps

TOME1 : RING (1991)

Un journaliste de Tokyo, Asakawa, est embarqué dans une enquête au caractère très étrange. Deux adolescents meurent subitement de la même manière à deux endroits différents. Le médecin légiste conclut à la crise cardiaque dans un premier temps et l’affaire aurait pu s’arrêter là. Même si le principe du hasard laisse dubitatif, cette cause de décès reste plausible. Car, qui ne meurt pas des mêmes symptômes le même jour sur notre planète sans que cela n’inquiète quiconque ? Pourtant, Asakawa persiste — d’autant plus qu’une des malheureuses victimes est sa nièce — et grâce aux éléments découverts, il comprendra très vite qu’il y a une cause anormale au phénomène. Il pourra compter sur l’aide de son ami, un universitaire loufoque et très intelligent qui se délecte de ce genre d’énigme aux apparences insurmontables : le professeur Ryuji. De fil en aiguille, ce qu’ils vont trouver dépasse l’entendement. Non seulement il n’y aura pas eu deux, mais bien quatre jeunes morts de la même manière le jour fatidique. Alors là, la question du hasard est balayée. Il se passe quelque chose d’anormal. Les hypothèses vont du phénomène paranormal à une épidémie. Le plus incompréhensible reste ce fait qui relie les victimes entre elles. Ils ont tous regardé une cassette vidéo glauque une semaine avant leur fin brutale. Quand Asakawa et son ami auront visionné l’enregistrement, un appel téléphonique les mettra en garde, à ce moment-là ils sauront qu’ils n’ont plus que sept jours à vivre. Sept jours pour démêler un mystère. Sept jours pour conjurer ce qu’ils qualifièrent d’un sort maléfique.

Avis

C’est un roman au caractère calme. Il a tendance à stagner au départ comme si l’auteur recherchait encore une voie pour mener le projet à son terme. À la lecture, le lecteur peut ressentir un recul imposé de l’écrivain, une sorte de retenue, presque un manque d’implication qui maintient le texte dans un cadre d’un récit journalistique classique.

Néanmoins, il y a une reprise de rythme après quelques chapitres où le second souffle est trouvé et termine une histoire dont la fin reste ouverte. L’ensemble appartient au genre science-fiction. Plus précisément, la teneur principale abrite un récit de fantaisie urbaine tintée d’épouvante – par intermittence. La psychologie paranormale est un sujet mainte fois exploité, mais Susuki apporte une touche nouvelle et audacieuse. Il y ajoute – entre autres et principalement — la réflexion sur les origines de l’Homme. C’est ce qui pousse à aller plus loin. Lent peut-être, mais intriguant. Une autre ligne qui assure la réussite du récit est l’investigation. Elle n’est pas surprenante, mais suffisamment nourrie d’inexplicable pour la rendre attirante. Il s’agit tout de même de conjurer un sort. Au fil de l’histoire, le malaise du journaliste Asakawa devient contagieux. Donc, c’est une belle première quand même. Ce n'est pas un page turner diabolique. J’ai l’impression que c’est typique dans la culture asiatique de prendre son temps et d’ajouter des longueurs (souvent justifiable) : ex : Murakami (1Q84), Eiji Yoshikawa (La Pierre et le Sabre)… Soit, ce premier livre est d’une grande inventivité, traité avec sérieux et il m’a séduit.

Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

Tome 2 : Double hélice (1995)

Ando, médecin légiste à Tokyo, est confronté à un cas particulier. Le corps qu’il doit autopsier est un ancien ami de la FAC de médecine qui évoluait dans le milieu universitaire. Ce cadavre n’est autre que Ryuji. C’était un élève brillant et expansif à l’époque. Le plus inconcevable dans ce fait triste et nostalgique, c’est le bout de papier que le docteur découvre dans le corps du défunt avec le mot « RING » noté dessus. Il se souvient des défis de décryptage de petites énigmes qu’ils avaient l’habitude de se lancer à l’université. Le plus effrayant, c'est que ce mot n’était pas là la première fois qu’il avait examiné le corps. Avec beaucoup de réticences, de doutes, Ando rassemble les pièces d’un puzzle déstabilisant. Il va découvrir l’histoire d’une cassette dont le contenu tue ceux qui la regardent ; la cause des décès cumulés qui révèlent des similitudes à celle de son confrère ; les personnes concernées telles que Asakawa (le journaliste qui démarra l’enquête il y a quelques mois) devenu peu loquace — et pour cause, le pauvre est dans le coma —, Maï l’amie étudiante fidèle de Ryuji qui disparaît soudainement. Pour ne pas sombrer dans le désespoir suite au récent décès de son jeune fils de près de 5 ans et de la fin de son mariage ; il se donne entièrement à cette étude de cas d’une complexité peu commune. Probablement le plus grand défi de décodage qu’il n’a jamais rencontré.

Avis

Une histoire de transition. Après la parapsychologie, thème majeur du tome 1, ici, la particularité est la recherche d’une réponse médicale objective quant à la cause des décès survenus brusquement sans aucune explication. Une tentative de répondre avec un esprit cartésien pointu à une répétition anormale de décès brutaux chez des individus dont la santé ne présageait aucun symptôme annonciateur. Automatiquement, la science se retourne sur la question d’une infection virale de masse qui croît rapidement. Une pandémie mettant en danger la race humaine…
De nouveau, la mort d’un être proche, la panique, le choix de croire ou non sont récurrents. Jusqu’au personnage : comparez Ando et Asakawa (le journaliste du tome 1), ils sont tous les deux fébriles, quasi dépressifs, ils manquent de force de caractère et la déduction est leur bouée de sauvetage. Il y a aussi les opposés qui complètent les faiblesses des deux premiers, les savants un peu fous, dynamiques, francs et amusés : Ryuji (intervenant dans le tome 1) et Myashita.

L’impression que l’auteur s’était relâché par rapport au premier tome, de par le démarrage en trombe, moins nuancé et visant le divertissement plus que tout ; c’est très vite estompé.

Le bon côté est ce parti pris du raisonnement rigoureux choisi pour comprendre l’inexplicable. On plonge dans le décryptage, dans le système de démonstration logique qui aboutit à des conclusions perturbantes. L’auteur a peut-être coupé les cheveux « en huit » pour nous sortir la « double hélice »…
A contrario, cet aspect intelligent proche du hard science – même s’il est allégé par du fantastique pour tenter d’ajouter du « peps » à la lecture, est lourd et doublement répétitif —, car en plus, l’auteur n’a de cesse de rappelé les évènements du tome 1.

L’un dans l’autre, le lecteur armé de patience aura quand même envie de connaître la finalité de ce mélange d’hypothèses, de thèses et de conclusions. La fin qui reste ouverte sous-entend une orientation anticipative, et qui sait, un futur apocalyptique…

Avis mitigé donc, pour cet entre-deux qui — bien qu’il soit très intelligent — manque de dynamisme.

Sadako & L'intégrale Ring (Köji Suzuki)

Tome 3 : La boucle (1998)

Kaoru était déjà un jeune prodige à l’âge de 10 ans. Fils de Hideyki Futami (un chercheur en informatique) et de Machiko Futami, passionnée par les rites anciens (comme ceux des Indiens), ce jeune homme a connu une enfance heureuse pleine de bonnes instructions et d’amour. Adulte, devenu docteur en médecine, il redécouvre un phénomène qu’il avait déjà révélé étant gamin, en rapport avec le sujet qui le passionne « l’origine de la vie » : la relation entre la carte des sites de longévité et celle des anomalies de pesanteurs négatives. Comment en est-il arrivé là ? Un mal tue petit à petit. Un cancer ? Kaoru est amené à tenter de comprendre la mystérieuse mort qui ne touche que les informaticiens, dont son père, qui travaillait sur le projet « La boucle ». Une course au savoir pour déceler peut-être la réponse à ses questions existentielles.

Pendant une grande partie du livre, l’auteur est monté d’un cran dans l’élaboration d’un précis médical. Il intensifie la lourdeur n’apportant qu’une intrigue timide… Le lecteur se demande pendant 130 pages au moins (1/3 du livre), quel est le rapport avec tout le reste de la trilogie, si ce n’est la reprise d’événements tant de fois réexpliqués. Le hic est la surabondance d’explications pointilleuses qui freine la course au plaisir. Les thèmes abordés restent identiques aux autres volumes : les aléas de la vie, la mort, l’amour, l’amitié, et surtout la perte d’un être cher avec tout ce que cela implique sur le plan personnel…

L’auteur s’éloigne à chaque tome (surtout depuis le tome 2) de son intrigue de base fondée sur la peur et le paranormal. Cherche-t-il son échappatoire en même temps qu’il écrit ? Probablement.

Et PUIS,

environ à mi-chemin, la vraie grosse surprise est au rendez-vous. Un déblocage très frappant surgit de la catatonie calculée pour carrément redéfinir l’approche de la trilogie entière. Au final, c’est un sacré beau coup de récupération. Tout se tient, c’est propre et d’une incroyable inventivité.

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