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Une mort qui en vaut la peine/Le diable tout le temps (Donald Ray Pollock)

Publié le par Chris Mo

Une mort qui en vaut la peine/Le diable tout le temps (Donald Ray Pollock)

Dans une ambiance western, c'est la chevauchée noire, dramatique et volontairement caricaturale, des 3 frères Cane, Chimney et Cob Jewett, vers 1917 dans l’Est des Etats-Unis (NE, l'Ohio et SE, Georgie) que le lecteur est littéralement happé. Après avoir échappé à la chape de plomb de misère et de possessivité à laquelle un père délirant les avait soudé, le trio se lâche et décide de vivre à la Billy the Kid, sauf qu’ici il s’agit d’un personnage de roman populaire « La vie et les aventures de Bloody Bill Bucket », un autre braqueur de banque. Il y a comme une petite nuance, quelque chose de proche n’est-ce pas ? tout comme Mc Carty qui est le vrai nom de famille du Kid et McCarthy celui d’un hôtel dans le roman...

Dans l'action, on peut dire que tout tourne autour de la cavale, de ses prémices et de sa fin. De nombreux personnages à la vie sans histoires sont pris dans l'ouragan Jewett. Chacun à un vécu bien approfondi et le lecteur se posera la question évidente de savoir quel est le lien entre tous. Il y aura des connexions à tire-larigot ! J’ai une préférence entre autres pour le vieux Ellsworth et sa grande gueule et Jasper l’innocent inspecteur des latrines. Cob est un Lennie de Steinbeck. L’histoire une variante d’un « Des Souris et des Hommes » par exemple : la fuite, la pauvreté, la séparation, le drame ; un exemple parmi les 80 000 autres références possibles au moins en tapant cavale + banque + western sur un simple moteur de recherche - critères subjectifs, modulables, où chacun peut y trouver son compte.

Un roman bien campé (solide), complet, noir, cru, sanglant, à la poésie douloureuse, fataliste, empli de la maîtrise de l’art de l’extrapolation, de la capacité de rendre des situations rocambolesques, voire absurdes ou tout le monde vit dans l’illusion : - le débat politique entre conseillers municipaux pour engager l’inspecteur des installations sanitaires Jasper Cobe (197-202) - La rencontre entre Ellsworth et Jasper (101-103) - La médiatisation, les rumeurs induitent par l'audacieuse course aux braquages des 3 frères (205-210) - La fameuse granges aux putes (213-216).

C’est finalement un pertinent condensé des 7 péchés capitaux, mettant en exergue la stupidité de certains raisonnements, l’ironie du sort, la bêtise humaine, la noirceur du monde. C’est à tout point proche des nouvelles de Flannery O’Connor pour le choix de l’époque, la région, et le style de l’histoire comme le mentionne intelligemment le quatrième de couverture. A juste titre, d’ailleurs, prenez celui du recueil « Les braves gens ne courent pas les rues » paru chez Folio qui est assez évocateur. « L’univers qu’elle dépeint est fait de vigueur et de violence. C’est le Sud avec ses noirs, ses petits blancs misérables, ses charlatans et ses prophètes, une humanité en proie à la superstition, à la jalousie, à la fureur criminelle » (Folio, présentation de l’auteur). C’est exactement ce que vous rencontrerez avec Donald Ray Polock dans « Une mort qui en vaut la peine ». Une lecture qui coupe la chique.

 


 

Une mort qui en vaut la peine/Le diable tout le temps (Donald Ray Pollock)

Le diable tout le temps
Donal
d Ray Pollock
Albin Michel 2012
Livre de Poche 2014

Plongez dans la sombre et poisseuse pauvreté américaine post — seconde guerre mondiale, dans l’Ohio, dans la ville de Mead et dans celle de Knockemstiff (celle-ci, en réalité est une ville fantôme de l’Ohio ! Objet du premier recueil de nouvelles de Donald Ray Pollock publié chez Buchet.Chastel en 2008). C’est dire le décor peu enviable, le nid d’intrigue, dans lequel vous serez propulsé.

La prose est nette, dure, brève et percutante. À l’image des personnages qui, contre vents et marées, sont sans limites. Des spectres émergés d’une condition humaine qui boit la tasse : la parole est donnée à la tragédie que vivent Arvin et son père Willard – ancien soldat habité par les cauchemars de la guerre, désespérés devant la maladie de sa tendre femme ; à Sandy – sœur du douteux Shérif Bodecker, et son mari Carl , un couple de tueurs en série ; et finalement à Roy et Théodore, un duo de prêcheurs allumés en cavale.

Des êtres sauvages, tristes, mornes, victimes d’une survie obligatoire. La folie plane tel le brouillard qui s’affale sur la région. On n’y voit rien, mais il se passe des choses horribles. À tort ou à raison, les individus réagissent de manière radicale, voire fataliste, quant à la vie qui les grille à petits feux.

Le diable jubile tout le temps, il est aux aguets pour chacun d’eux, sans concessions pour ses administrés. Preuve en est : la prière vaine et sans réponses est un fantasme qui annihile la déception au profit de l’amertume exacerbée, elle-même nourrie par la violence. Celle-là même qui confirme la grande solitude de l’Homme en toute circonstance. Point de vue nihiliste de la vie propice à l’imagination de l’auteur.

Le contexte d’une noirceur abyssale – et si réaliste – supplante la complexité de l’intrigue. Knockemstiff et Meal sont la vase qui constitue le gouffre dans lequel l’auteur nous pousse. Un ouvrage remarquable, une véritable perle noire. Dans la même veine que " Tijuana Straits " de Kem Nunn ou encore " Galveston " de Nic Pizzolatto.

Donald Ray Pollock

C’est à 50 ans, après avoir travaillé dans une usine de pâte à papier pendant 32 ans que D.R. Pollock se tourne vers l’écriture. Avec brio ! « Le diable tout le temps » est son premier roman : récompensé par le PEN/Robert W. Bingham Prize-2009/le Grand prix de la littérature policière-2012/le Prix mystère du meilleur roman étranger-2013).

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