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La mécanique des fluides (Lidia Yuknavitch)

Publié le par Chris Mo

La mécanique des fluides (Lidia Yuknavitch)

La mécanique des fluides.

Lidia Yuknavitch

Denoël – 2014


The Chronology of Water
Hawthorne Books, Portland
Lidia Yuknavitch - 2010

Son père avait les mains baladeuses. Un impulsif, un castrateur, un alcoolique. Sa mère était dépressive, alcoolique et suicidaire, complètement démissionnaire.

Lidia Yuknavitch, Portland, Oregon, raconte sa vie. De ses rêves de nageuses olympiques à celui de devenir écrivain. Mais quelle vie ! Et quelle intelligente manière de procéder.
Ses souvenirs apparaissent dans le désordre. Elle se souvient de son enfance chaotique, de sa vie d’athlète et d’universitaire, ses échecs, ses tendances amoureuses, l’alcool, la drogue, les avortements, la vie d’épouse, de mère, le sexe, le sadomasochisme, et par la force des choses celle d’écrivain et de professeur de littérature.

Une rage folle habitait cette femme. Elle exprimait sa souffrance à travers le corps, l’eau, les métaphores, les rencontres comme celle avec Ken Kesey, les liquides de toute sorte. La mécanique des fluides est la pression sanguine variable, explosive, tranquille ; elle est les mouvements de l’eau, ses qualités apaisantes, sa force ; elle est l’alcool rideau sur la scène de cauchemar ; elle est l’accélération et le calme ; elle est tout ce qui enveloppe la vie de cette auteure courageuse et surprenante. Le style est non conventionnel comme Lidia Y. l’a décrit :

« Cette fois l’histoire avec laquelle je venais ne parlait pas de personnages de femmes sans voies issues de l’histoire littéraire. Cette fois ça parlait de ma vie. Des pères, de la natation, de la baise, de bébés morts, de la noyade. Entièrement écrite en fragments aléatoires – comme j’ai compris ma vie tout entière. Dans la langue – image, fragment et passages lyriques non linéaires – qui semblait la plus précise. L’histoire que j’apportais s’appelait « La Mécanique des fluides ». (P153)

Elle use de toute sorte de procédés pour rendre un récit dynamique et claire : périodes, phrases courtes, crues, tranchées ; plus longues et concises ; plus douces et amoureuses ; pleine de réflexion sur la condition de la femme, de la mère ; à propos du sexe, du souvenir, du temps, de l’amour des mots…
Très proche de « Féroces » de Robert Goolrick. Un excellent livre, abouti et d’une grande maîtrise. Madame Yuknavitch me rappelle aussi - en plus d’une influence Undeground et d’une influence joyeux lurons de la Beat Generation - un soupçon de « Le dernier stade la soif » de Frederick Exley. Réaliste et frappant. Vous voyez un peu ? Les histoires de ceux qui s'élèvent, de ceux qui passent de maux en mots. Étourdissant.

« Je suis pour le restant de ma vie une fille qui brûle.
Cette image de Jeanne d’Arc brûlant dans un feu à brûlé en moi comme une nouvelle religion. Son visage tourné vers le ciel. Sa foi bandée comme pour une guerre sainte. Et toujours la voie d’un père dans sa tête. Comme moi. Jésus. Qu’est-ce qu’un homme maigre cloué sur du bois face à l’image d’une femme soldat en flammes ? J’ai pris l’image d’une femme qui brûle dans ma tête et abandonné à jamais la croyance en la maison d’un père. » (P
140)

Prix du Lecteur de l’Oregon
Prix des Libraires de la côte pacifique en
2012

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