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Et quelquefois, j'ai comme une grande idée (Ken Kesey)

Publié le par Chris Mo

Et quelquefois, j'ai comme une grande idée (Ken Kesey)

Ken Kesey
Sometimes a Great Notio
n (1964)

Monsieur Toussaint Louverture (2013)

Nous sommes au début des années ’60 dans l’Oregon, à l'ouest des États-Unis.
Dans la ville imaginaire de Wakonda, la grève des bûcherons fait rage. Ceux-ci réclament à la Wakonda Pacific – leur employeur — moins d’heures de travail pour un même salaire. Cette compagnie riposte en signant un contrat de production avec l’unique, la plus déterminée et la plus indépendante des familles du coin : la famille Stampers.

Soumise en plus aux intempéries de l’hiver naissant, la ville a du mal à joindre les deux bouts. La tension bat son plein et l’étau se resserre autour des Stampers qui doivent respecter un délai de livraison court, avec un effectif de plus en plus réduit, avec un nouvel arrivant Lee (Leland) — assoiffé de vengeance à l’égard de son frère Hank — appelé pour renforcer la main d’œuvre ; et enfin, avec le réveil d’une crise interne inéluctable.

C’est l’histoire d’une famille dans une époque où le sentiment de liberté a le vent en poupe, d’une famille qui pour rien au monde ne cèdera une grume à des colériques refusant l’effort, car un contrat signé est un contrat à honorer. Nous voici dans un temps où une ville enlace un changement d’ère, où certains hommes bravent la modernité et d’autres se soumettent plein d’illusions, un temps où la force percute la faiblesse. Nous voilà aussi plongé dans l’histoire de l’amitié profonde et superficielle, de l’oubli dans l’amour, et le tout sous couvert d’une nature hostile intransigeante.

Quand un gars comme moi arrive au bout de « Et quelquefois j'ai comme une grande idée » de Ken Kesey ; j'ai vraiment l'impression qu'il y a eu comme un bon présage dans ces nuages figés au dessus de chez moi pour que je puisse en arriver là.

Parce qu’au début,


« dans ces nuages figés »

même si je reconnaissais bien une grande technique d’écriture, un vrai exercice de style ; j’éprouvai des difficultés de concentration devant une prise de vue qui en plus offrait un détail hallucinant et une méticulosité déconcertante. Pendant les 125 premières pages, il y a un va-et-vient d’un personnage à l’autre ; des pensées d’un interlocuteur à l’autre dans un dialogue — en plus du dialogue (italique pour l’un et parenthèse pour l’autre) d’une finesse ahurissante et d’un dynamisme incontestable. Et c’est ce jonglage constant pendant si longtemps qui a rendu ma lecture fastidieuse. J’étais déçu. J’avais attendu 2 ans pour oser l’aborder et il ne me fallut que 2 jours pour le mettre de côté, où l’oublier. Allais-je l’abandonner où le mettre dans la liste à lire plus tard ?

Mais ensuite,

« il y a eu comme un bon présage »

À la question de l’oubli ou du report, MTL (Monsieur Toussaint Louverture) enthousiaste et convaincu me prit par la main de manière inattendue :

« Accrochez-vous ! C’est vrai que ce livre est éprouvant, surtout au début, avec tous les obstacles de lecture que vous évoquez. Mais sachez que vous avez fait le plus dur. Et puis surtout, vous serez récompensé. De chaque effort que vous aurez fourni. Au centuple. Je parie même qu’une fois terminé, vous aurez envie de le relire. Courage ! »

Je continuai donc.

Je fus submergé d’étonnement par l’ampleur de cette œuvre, par la beauté des scènes qui nourrissent le récit, par les interactions entre les personnages ainsi que leur rapport à la faune, à la flore et au climat.
Que dire du sauvetage des Lynx par Hank quand il était gamin (135), du rapport que cet homme a avec la Wakonda Auga (145) ; de l’allégorie de l’écureuil (193) ; du père de Floyd Evenwrite – et de Floyd lui-même, feu Boulon (ainsi surnommé) : « Écoute fiston… » (476) ? Que dire des pluies de novembre et de l’arrivée de l’hiver (506-511), excellent ! Et de la migration des oies sauvages… Que dire de Hank la brute invincible, de Lee le littéraire, de Viv la belle, du Père Henry explosif et du fameux Joe Ben plus prêcheur qu’un prêcheur ? Voyez-vous c'était si vaste.

C’est un roman Wakond Auga (fleuve).

Entre l’amont et l’aval de celui-ci, il y a le cheminement du cours d’eau capricieux qui titille des berges valant le détour.

MTL m’a conseillé comme Lee dit à Viv en lui tendant un livre du poète Wallace Stevens :

« Sois patiente avec Stevens, ne le force pas, laisse-le te forcer. » (556)

Tout est dit, c’est pareil avec Ken Kesey.
Et ça valait le coup, sacrebleu !
Je suis secoué. Ce bouquin date de 1964 à l’origine, il est intemporel, il est juste d’une grande modernité. C'est exceptionnel.

Et quelquefois, j'ai comme une grande idée (Ken Kesey)
Et quelquefois, j'ai comme une grande idée (Ken Kesey)

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