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Le premier Dieu (Emanuel Carnevali)

Publié le par Chris Mo

Le premier Dieu (Emanuel Carnevali)

Le premier Dieu
Emanuel Carneva
li

Edition La Baconnière (2015)

Emanuel Carnevali fut un écrivain et poète italien du début du XXe s., né en 1897 à Florence. Il quitta l’Italie pour les États-Unis à l’âge de 16 ans, accompagné de son frère. Il décèda à 43 ans à la suite d’une encéphalite diagnostiquée pendant son séjour américain. C’est à Bazzano, qu'il laissa son dernier souffle poétique.

Le premier Dieu est un recueil de textes, le thème reste autobiographique, en trois parties, une prose romancée en première partie, différentes proses en deuxième parties – des textes cours, et enfin trois témoignages de personnalités proches de l’auteur.
Ce livre est un premier tome sur trois proposé par les éditions La Baconnière. Le prochain sera un recueil de poésies bilingue et le dernier traitera d’essais et de correspondances.
C’est la première fois qu’une maison d’édition – La Baconnière en l’occurrence – réalise une édition complète des œuvres de ce grand poète. (source : notice en fin d’ouvrage)

 

Le cœur de la courte vie d’Emanuel Carnevali est le désir d’être poète et aimer en tant que tel.
Le besoin de survivre en plus des conditions d’existences en majeure partie exécrables est logiquement un autre aspect de ce bref laps de temps qui lui a été accordé :

Parents séparés à sa naissance, une mère malade qui meurt quand il a 11 ans, un père absent avec lequel il entretient des rapports conflictuels, un frère violent ; c’est leur tante qui les gardera sous son aile. Les études sont peu évoquées, par contre ses relations aux autres sont plus explicites. À 16 ans, il quitte l’Italie pour New York. Il y subira une vie de misère, d’écriture, d’amours passionnels, de déceptions, de folie et de maladie. Il fait un bref passage à Chicago pour relancer sa carrière littéraire – dit-il. Mais à l’âge de 25 ans, déjà malade, il retourne en Italie, à Bazzano, ville actrice importante de ses écrits, sa terre d’adieu.

Extrait page 65 à NY :

« C’était une drôle de vie sur cette terre de millionnaires et on dit encore que la richesse n’est rien de plus qu’un état d’âme et le pire des vices pour un pauvre. Mais cette richesse, que je n’ai jamais désiré acquérir, et cette pauvreté, à laquelle je n’ai jamais échappé, furent les principales causes du désordre de ma vie. »

Emanuel Carnevali est probablement un des principaux initiateurs des mouvements libertaires qui naitront dans les années ’ 60 en Amérique. Un avant-gardiste de « la littérature underground ». Il était malade, au dernier stade de la soif, d’amour, de vie, de mots rythmés ; avec rien dans les poches pour garder la tête hors de l’eau… Il se battait contre la folie, ses colères étaient récurrentes, son mépris de tous, Dieu y compris (même s’il se prend pour lui à Chicago, d’où le titre). Un mort né condamné à vivre passionnément en souffrance. Je le retrouve aussi, et entre autres, chez Hubert Selby Junior (Last Exit To Brooklyn) et chez E.Neirynck (Engrenages)... Pensez-vous qu’Emanuel Carnevali aurait eu des disputes avec Bukowski, Borrough, Ginsberg ou Kerouac ? Je le vois bien sur la route, hurlant sur le chauffeur d’une décapotable avec le journal d’un vieux dégueulasse, parce que la fleur accrochée à sa chemise s’est envolée ; ah les œuvres croisées…

Ce qui me parle le plus, c’est la capacité de décrire l’impitoyable réalité, la rudesse d’un vécu, la mise à l’écart, les événements déjantés ; malgré les difficultés physiques ou morales imposés en fonction de l’époque qu’ils subissent ; tous régurgitent une prose parfaite, de laquelle transpire un pouvoir émotionnel intense. C’est d’un air béat que je referme ces livres même si je n’en comprends pas toute la teneur intellectuelle ; j’en retire toujours, et surtout, un grand étonnement.

Extrait page 129 à Chicago :

« Il n’y avait pour moi ni aide ni remède en raison du grave péché dont j’étais coupable : celui d’aimer le succès. Mais, par-dessus tout, j’étais un envieux, follement jaloux de tous les écrivains qui auraient publié plus d’un livre. (Je suis encore jaloux, oui, jaloux même de Shakespeare. J’ai un besoin frénétique d’éloges. J’aspire à être tenu pour un grand poète, à la folie, qu’il pût y avoir des poètes plus grands me serre le cœur.) Il y avait du laisser-aller dans mon corps, dans mon âme, j’étais parfois un vrai fainéant. J’étais tel un chien qui aboie aux pierres qu’il ne peut ni rassembler ni lancer. »

Emanuel Carnevali,

Il y a en lui, autant la douceur de Keats (il le cite d'ailleurs, leur vie se ressemble à part la fortune ; malade jeune, aucun parents, poète romantique…) que de la dépression de Baudelaire.

Beau comme eux, son verbe affûté

Est une lame sur laquelle les gouttes de sang

Ont jaillit d’une entaille préméditée

En plein cœur

Il se meurt

Depuis toujours.

Il n’est plus " un point fluet dressé contre Dieu, ou comme deux mains malingres jointes pour une prière “. Il n’est plus " une créature misérable et maladive " (p214). Il était ce qu’il voulait être ; sa verve enragée l’a rendu " aussi fort que les roches que la mer met des siècles à saper " ; car aujourd’hui il est là pour vous lecteur.

Robert Mc Almon a dit :

" Comment pouvait-il être un " artiste ", un " écrivain" parfait ou accompli, un homme de lettres soucieux de son " art ", de sa " technique ", etc. ? Il n’avait pas suffisamment d’heures de lucidité par jour ni assez de maîtrise sur ses muscles pour se discipliner. Mais sa volonté de vivre et sa capacité à la joie et à la haine le soutenaient." (p307)

 

 

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