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Point Dume/Rien dans les poches (Dan Fante)

Publié le par Moulaert Christophe

Point Dume/Rien dans les poches (Dan Fante)

Point Dume
Dan Fa
nte
SEUIL 2014

J.D a lâché sa fonction de détective à NY et s’installe chez sa mère à Point Dume, Californie. Il y trouve un boulot chez un concessionnaire Honda grâce à un ami Woody - ce même copain que J.D trouvera mort, torturé. Jimmy décide alors, malgré lui, de mener l’enquête.


J. D Fiorella se résume bien tout seul, page 145 :
« Moi ? Du télémarketing. Mais j’ai aussi été le boss d’une boîte de location de voitures haut de gamme dans la Marina, et poète. La suite, tu la connais : un frais émoulu tas de merde vendeur de bagnoles, avec un pot mort. »

Polar violent, sinistre, maîtrise du genre noir.
Un personnage très fort, impulsif, caractériel, pas du tout amical. Des sujets parfois déstabilisants.
L’intrigue s’inclut dans un plan bien tracé qui reste quand même classique ; on est dans le David contre Goliath, sans surprise quant au dénouement. Cependant l’exercice est mené à son terme sans accroche. La construction est avantagée par une intro choc, et, un découpage qui favorise la lecture rapide.
Un bon premier suspens par un spécialiste du réalisme noir avec des personnages qu’on attendait évidemment. Je me suis toujours demandé quand Dan Fante s’afficherait en détective dans un roman fictif. Que donnerait une histoire où Bruno — Dan Fante réagirait dans une affaire très macabre.
C’est sous Jimmy (James D Fiorella Junior) dans Point Dume qu’apparaissent les réponses à la demande d’un lecteur gourmand.

Dan ne s’éloigne pas vraiment de son territoire où il nous ressert un condensé des personnages qui l’ont inspiré depuis qu’il écrit : son père sous la veste de Jimmy Fiorella qui écrivait des scénars à L.A. ; le fiston JDF Junior comme Dan qui écrit des poèmes, les déboires, la dépression, les AA, la dope, etc…
Pas de grosse prise de risque de ce côté, l’autobiographique reste un fil essentiel de l’ouvrage. Point Dume est clairement le retour aux sources, aux origines de l’auteur, et, plus particulièrement, à son premier roman : « Rien dans les poches » qui se situe à Point Dume également.

Point Dume/Rien dans les poches (Dan Fante)
Point Dume/Rien dans les poches (Dan Fante)

Rien dans les poches
Dan Fante
POINTS 2015

Une fiction autobiographique, un roman initiatique. Le premier qui sauve la vie.

Bruno Dante (=Dan Fante) voit son père Jonathan Dante (=John Fante) à l’article de la mort.
Un moment qui ravive des souvenirs d’enfance à Malibu, L.A. et Point Dume.
Bruno est un chaos, un trou noir, son mariage est consumé, il est suicidaire, alcoolique, dépressif, subi des cures ici et là.
Il marque sa répulsion pour L.A., la fausse, la « Regarde-moi gagner » :

« Vingt minutes après Sunset Boulevard, nous avons quitté la Coast Highway et pris la route de Heathercliff. Devant nous roulait une Benz décapotable. Sur la plaque personnalisée, j’ai lu « Se me win* » et j’ai su que j’étais rentré à la maison. » (Page 43).
* l’écriture de « See » avec un seul « e » est volontaire, nombre de caractères limités à 7 pour plaques d’immatriculation aux USA.

C’est cela essentiellement qui a rongé son père et lui. Leur déception devant une forme d’obligation d’écrire des scénarios pour vivre, supporter cette condition quelque part à cause des besoins primaires et l’incapacité de vivre d’un autre travail : la création de romans, …
Bruno Dante (Dan F.) a vécu à l’ombre du père en même temps, un homme talentueux absent, et méconnu.

« J’avais aimé mon père, je ne l’avais pas connu. La souffrance dans sa plénitude fit irruption en moi. Le souffle coupé, j’avalai un sanglot. » (p180)

Cet ouvrage est le premier d’une série publié chez 13E Note à l’époque : La Tête hors de l'eau, En crachant du haut des buildings, Limousines blanches et Blondes platine.

« Rien dans les poches » est actuellement disponible aux éditions Points ; les autres pas encore (sauf un de ces recueils de nouvelles « Régimes sec » et un des deux recueils de poèmes « Bon baiser de la grosse barmaid »).

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