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Michaël Mention

Publié le par ChrisMo

Bienvenue à Cotton's Warwick
Michaël Mention
Ombres Noires 2016

 

 


Vous voici, dans un village du nord de l’Australie, un « Ghost-town » vidé de sa substance après l’exploitation abusive du coton.
De nos jours.
Dans une ambiance apocalyptique hein, car le chaos est en cours.
Près d’une vingtaine d’habitants végètent dans cette zone devenue désertique ; tous soumis à l’autorité d’un shérif corrompu.
Des individus déjantés, des primitifs, qui se rentrent dans le lard pour un rien, pour une parole mal placée ; ou juste pour des pulsions violentes ou des besoins sexuels à satisfaire sur presque tout ce qui bouge, baignés dans l’alcool et dans la drogue… ; c'est un véritable carnage qui s’approche, de la folie qui devient incontrôlable dans un endroit isolé.
Dans cette fournaise au relent diabolique, comme si cette décadence ne suffisait pas, des animaux attaquent, en nombres !

Tout est art.

Le titre est une figure de style, l’ironie.
Une antiphrase, pour dire « bienvenue à… » dans le sens : « vous n’êtes clairement pas la bienvenue… ».
Ou bien si, mais vous y pénétrez à vos risques et périls. Une bienvenue au sourire carnassier.

Les lecteurs qui ne connaissent l’auteur que depuis sa médiatisation plus importante, en l’occurrence ont-ils déjà pris connaissance des polars noirs comme « Sale temps pour le pays » et les deux autres tomes de la trilogie anglaise, ou encore de son récent polar historique « La voie secrète » ; d'aucuns s’étonneraient de l’orientation choisie cette fois-ci.
Quelque chose avec un air de fantastique.

Vous comprendrez que l’auteur aime varier les plaisirs.
Toutefois faut-il préciser aussi qu’il avait déjà, dans ses débuts d’écrivains, attaqué la frontière SF avec deux de ses premiers livres peut-être moins connus « Maison fondée en 1959 » (2012) et « Le rhume du pingouin » (2008) !

Dans son genre surréaliste, on y décèle des influences ou un rappel au premier coup d’œil d'une version gore de la révolte des animaux dans « Animal Farm » de Georges Orwell ; avec des oiseaux Hitchcockien, ou ceux de « La part des ténèbres » kingienne… et... de toute manière, se dévoileront autant de références qu’il y aura de personnes qui approcheront ce texte. Et bim ! La facilité.
La référence à Jackson Pollock le peintre : "
Man, Bull, Bird, » (1938-41)", une œuvre surréaliste dont il ressort des dominances de couleurs vives et frappantes, rouges, jaunes, oranges, au teint désertique et sanglant ; influencé par la culture amérindienne et le chamanisme. Et l’alcool. Ce sont exactement ces couleurs et la vivacité qui ressortent du livre parfois abstrait, mais d’une cohérence pointue.
En parlant de ville fantôme, connaissez-vous l’autre Pollock, l’écrivain américain, Donald Rey , révélateur de la noirceur d’une ville reculée comme Knockemstiff (bute les raides) !
Comment ne pas apprécier ?
Il y a là une belle prise de risque, une tentative victorieuse de créer une œuvre artistique dans son entièreté, l’usage de l’extravagance pour définir une réalité humaine souillée, la cruauté des actions, les tons coupant, rythmé, rapide et agressif ; parfois avec des mots sonnant comme des haïkus crachant haine, sang et réalisme déchirant ; pour tout cela et la démence dans laquelle le lecteur sera bousculé, de par son originalité fine ; ce travail psychédélique hallucinogène provoque jubilation et réflexion !

La voie secrète
Michael Mention
10/18
 

 

 

Vous devez d’abord savoir que ce court roman est lié à un autre.
Il devrait être le deuxième ou troisième écrit par l’auteur.
Empruntez la voie secrète de la naissance de ce livre, vous serez étonné…

Revenons à nos moutons.

1835-1836

« Moi, je regrette que tous ces gens ne sachent pas lire pour savoir combien je les méprise. »

page 15, Lacenaire

Tout d’abord un lancement en 2 chapitres chargés à bloc en intensité pour introduire l’histoire !
Dans lesquels vous découvrirez le personnage, un poète du début du XIXe, un assassin engagé contre le régime et la bourgeoisie en place : « J’ai agi de la sorte pour punir cette France de l’hypocrisie. Le crime est franc et pur, ce que ne seront jamais le civisme et la bienséance. » (p.54) ; exécuté comme de coutume à l’époque, à la guillotine. Schlak !
Soulignons la grande complicité avec son ami l’inspecteur Allard, responsable principale de l’enquête ; celle des meurtres en série : des enfants de moins de 10 ans sauvagement assassinés et décapités.
Avant son exécution, à la conciergerie, l’intellectuel censé et entier qu’était Pierre-François Lacenaire prit le temps d’écrire ses mémoires. En parallèle, il participait à l’enquête des enfants à la tête tranchée.
 

L’ambiance historique est celle aussi d’une époque chaude.

Celles des attentats ratés contre Louis-Philippe, celui-ci étant peu apprécié à cause de la mouvance « pro républicaine » entre autres ; que dire des tentatives d’assassinats à répétitions avec des dommages collatéraux importants ? C’est la naissance de la République française et des moyens audacieux, sans scrupules et vicieux pour y arriver. À contre-courant, la radicalisation du roi en place pour maintenir son pouvoir, tel un président de notre temps, ajoutait de l'huile sur le feu. C’est l’image d’une France qui étouffe l’église et poursuit ses traditions comme la fête de Noël devenue vacances d’hiver… Une France qui saigne pour se libérer.

Court et fort de sens, entre hier à l’aube de la France décomplexée et aujourd’hui la grande fragile.


Critique visionnaire, acerbe, sur l’homme…pointant du doigt les comportements condamnables de l’être humain, en avance sur son temps, Mr Lacenaire dénonce avec folie et conviction.
« N’en déplaisent à mes admirateurs et à mes détracteurs, je ne suis ni un Robin des Bois, ni un opposant de plus à Louis-Philippe. Mon idéal, c’est moi, envers et contre vous. Je n’ai mené qu’un combat, celui de me préserver de votre morale, de votre roi et de votre dieu. Voilà, c’est dit. » P218


Lacenaire est un Nietzche enfermé, un Socrate qui va boire la ciguë, tous échappés de l’année 2017!
« Hommes, est-ce ma faute si je vous ai vus tels que vous êtes ? » (p64)
 

La voie secrète, ce sont les mots utilisés pour discréditer Lacenaire, pour transformer sa parole, jusqu’à ne plus savoir si ce qui est écrit l’est de sa propre main, c’est le chemin pris par son manuscrit…
donc, vous rencontrez une parcelle intrigante. La censure entraînant une sorte de rumeur sur un personnage capable de gêner un courant de pensée… La mystérieuse voie de la vérité.


Léger et riche, suspens de mise, chasse à l'homme stressante, réflexion très à propos avec nos jours agités, simplicité étincelante, exercice d'écriture exemplaire.

... Et justice pour tous

Michaël Mention

Rivages Noirs 2015

Je vous donne un tuyau pour une histoire, ça se passe à Paris, à Leeds, à Bradford et à Wakefield. Il s’agit aussi du retour de Burstyn, un détective, en Grande-Bretagne pour une ultime affaire très personnelle liée au passé - le fameux tueur en série Harris, le tueur à l’arbalète…, entre autres. L’aspect familial, l’amitié et la fidélité sont l’urgence du texte ; l’horreur restera au rendez-vous de cet impeccable opus aidé par une construction efficace : grâce au suspens de l’enquête, au déficelage en douceur, à l’action opportune.

Voici donc, le meilleur de la trilogie anglaise (voir photo). Il est aboutit avec des personnalités complexes et multiples parfois, comme les villes où chacun souffre, où chacun implose et explose, comme si on était victime d’une respiration trop difficile à cause du plastique que l’on a sur la tête.

Regard critique et scénario sont fidèles à l’auteur : noirceur et abattement, une solution moderne et vintage.

C’est le roman de la MATURITÉ !

« Enfer 666 e sous-sol. Ils m’ont retiré les sangles et pourtant, elles sont toujours là. En moi, au plus profond du Profond. Là où même les ténèbres se font peur. Noir brasier aux crépitements abominables ; le cri vengeur de mes neurones. » (p267-268)

Le carnaval des hyènes

Ombres Noires (2015)

Michaël Mention

Quatrième de couverture

Icône du PAF (Paysage Audiovisuel Français), Carl Belmeyer présente le JT de 20 heures depuis trente ans. Narcissique et opportuniste, il joue de son sourire pour duper son public et ses collaborateurs. Lorsque sa chaîne se retrouve au cœur d’un scandale sans précédent, il est envoyé au Libéria en vue de couvrir une guerre civile. Objectif : redorer l’image du groupe pour détourner l’attention des médias concurrents et de l’opinion publique.

Carl est alors confronté à cette réalité qu’il a longtemps méprisée et perd peu à peu le contrôle des événements. Terrorisme, complot, violence… la descente aux enfers ne fait que commencer.

Impression de lecture

Il faut aimer ces êtres lucides qui usent et abusent du ton caustique. Il faut cracher leur à-côté médiocre afin de mieux se nourrir de la véracité de beaucoup de leurs dires nuancés. Des individus francs, des caricaturistes en somme. « Dans l’écran se reflète Abou, mon domestique, téléphone en main. Je l’ai rencontré il y a deux ans, après un reportage sur des sans-papiers. À mon retour, je l’ai découvert dans le coffre de ma Laguna. En le voyant si seul et si noir, je n’ai pas eu le cœur à le dénoncer. J’ai préféré l’exploiter. C’est dégueulasse, mais Cahuzac et d’autres ont fait pareil, alors il n’y a pas de raison. » (Extrait page 44)

Sans que ce soit vraiment nécessaire tellement cela est évident : en citant « et d’autres » dans la dernière phrase de l’extrait, incluez-y aussi le caractère international et vous réaliserez la dimension du propos… Partout dans notre monde on a du Cahuzac ou pire, par exemple, en Belgique, à l'immigration, nous avons juste Théo Francken, un nationaliste flamand. Le travail au black se porte bien malgré le fait que… Soit, il ne faudrait retenir que l’incroyable causticité protectrice d’un individu – tel Belmeyer — qui, au fait, est perdu comme tout être humain dans un monde furibard à tout point. Je crois que c’est juste qu’il est un peu plus impliqué qu’un autre. Voyez-vous, ceux qui gèrent, ces Belmeyer ; que sont-ils de plus que des gens effrayés qui parlent meilleur ou manipulent beaucoup mieux pour une seule raison, en dehors du package VIP, croisette, et… on s’en fout un peu ? C’est de faire blocus contre la peur, la peur de n’être rien. Rien de moins qu’un homme – ça peut-être une femme, ou un extra-terrestre ou un perroquet intelligent.

En conséquence de quoi Carl Belmeyer est un genre de gros couillon qui me fait rire quand même. L’ironie de l’ironique, ça me pique bien et en plus je découvre ce qu’il y a sous les draps.

Il en soulève l’auteur dans ce bouquin, l’air de rien :

En grattant un peu, l’image de mort en direct… Vouloir filmer tout, tout, absolument tout. L’info à tout bout de champ, la téléréalité, séduction des sujets en général, toutes les coutures sont citées, la manipulation des masses, la crédibilité, la débilité, l’arroseur arrosé.

Nous sommes des oies, nos foies gonflent, comme la bulle internet, ou la bulle financière. Désolé pour l’écart casse-noix.

Cela me fait penser à nos journalistes qui présente le JT sur RTL TVI : hochement de tête à presque chaque syllabe quand ils ou elles parlent de tout en fait : LA météo, INcroyable (secouer la tête brièvement de haut en bas quand ce sont les majuscules et répéter le mouvement pendant tout le journal). Ce qui suit est une anecdote fictive, mais la gestuelle y est : UN — yeux grands ouverts — jeune homme – inspiration simultanée — levé de fréquence – DE MOLENBEEK – diminution de ton et secousse de la tête — qui ne — VOULAIT PAS payer ses TAXES. Alors, IL s’est vu CONTRAINT de régler UNE AMENDE IMPRESSIONNANTE de 125 EUR. Et patati et patata ; hocher la tête, lever le ton, et tout devient hallucinant. Quand on parle de fleur, de piscine extérieure, de chocolat, de bière, ça devient tout de suite plus comique.

Carl Belmeyer est confronté au direct réel et non fictif, dit au revoir au bling-bling et bonjour au bang-bang dans une zone de chaos ultraviolente. La guerre, l’horreur, se soumettre à la peur, la fierté asséchée et la grande gueule mue. Il devient bête humaine. La suite est pleine de surprises pour tout le monde, pleine de manipulations, de retournements de situation, de violences.

Une construction toujours aussi bien scénarisée comme en a l'habitude, Mr Mention. Des références musicales – et là, faut préciser que le mélomane a mis un frein par rapport à d’autres livres et aérer ses propos sur les chansons, avec très peu d’anglais (aussi une modification de style). La nouveauté, le sujet récent, bien campé dans une intrigue ciselée au scalpel, du rire au choc. C’est complet, c’est abouti. Imagé à la Mention, limpide. « Puis, il y a le reste. Toute cette chiasse étalée en Highway to Hell : l’Audimat, les pubs, les buzz, les JT putassiers, les clashs organisés, le télé-achat, les stars d’un jour, les nuls jugés par des jurys de nuls, les faux directs, les débats obsolètes, les émissions de cuisine si nombreuses qu’elles en sont devenues indigestes, les hommages aux chanteurs morts, les trucs à gagner si t’appelles et que tu donnes la bonne réponse, les “nouveaux”, concepts pompés à l’étranger, les rediffusions du Gendarme de Saint-Tropez, les chanteurs engagés à dégager, les résultats du bac filmés tous les ans avec l’inévitable reportage sur le plus jeune bachelier de France, les best of des best of, les larmoyantes, les bêtisiers pas drôles, les conseils pratiques, les bons plans vacances, les "Tu veux lui dire que tu l’aimes ? Envoie "amour" au 8 12 12", les chroniqueurs soi-disant acerbes, je les baise fort. Si fort que j’explose, submergé de pixels et de foutre… » (extrait p198-199)

MERCI Michaël Mention. Autres ouvrages paru en 2014 chez OMBRES NOIRES éditions

 Michaël Mention

Adieu demain

Michael Mention

2014 Rivages/Noir

Juste quatrième de couverture/Rivages/Noir

« Vingt ans se sont écoulés depuis l’arrestation de l’éventreur du Yorkshire. Un nouveau tueur sévit dans le Nord de l’Angleterre. Les victimes sont des femmes transpercées par des carreaux d’arbalète. Pour Mark Burstyn , promu au grade de superintendant, le cauchemar recommence. Il a cependant un atout : l’inspecteur Clarence Cooper, un jeune flic aussi obsessionnel que lui. La police n’a pas droit à l’erreur et, pour stopper le meurtrier, Cooper est prêt à tout. Même à devenir quelqu’un d’autre. »

Avis

Tout est découpé d’une main de cinéphile mélomane. L’auteur jongle avec les paragraphes qui deviennent des séquences où les scènes passent d’un acteur à un autre. Cette fois j'ai eu l'impression de regarder un feuilleton télévisé.

Le phrasé est bref et précis.

Dans cette histoire, deux personnages – Clarence, inspecteur de police et Peter, arachnophobe – ont une présence imposée aux autres. Mark Burstyn ne dégage plus autant de détermination que dans « Sale temps pour le pays », le tome précédent. L’enquête est un des fils conducteurs de l’histoire, tout comme les thèmes de la peur, des tueurs en série, de la culture et de l’actualité des Seventies à nos jours dans une Angleterre moins merveilleuse qu'elle n'y parait. Chacun a une part du gâteau quasi équivalente. Ce qui fait que nous avons un tout, en plus d’être cohérent, compact, riche, et d’une noirceur réaliste. Des faits pour lesquels la police est presque impuissante (en tout cas sur le court terme), qui déstabilise complètement des enquêteurs submergés par l’émotionnel. Ils sont rongés par la nostalgie, la culpabilité, obsédés par la chasse aux désaxés malgré tout. Ce n’est pas l’histoire de héros, mais celles d’hommes à bout de souffle qui courent après une chimère. Dans l’ensemble, c’est bien. Ce livre est une suite qui peut se lire séparément. C’est un peu la même sauce que dans le premier tome de cette série qui devrait comprendre 3 livres.

sale temps pour le pays mention rivages

Sale temps pour le pays (2012)

C’est dans une tension politique, économique et sociale, arrivée à son paroxysme, dans l’Angleterre des 70ies, que Michaël Mention se téléporte. Généreux, ils nous emmènent dans son sillage.

La période Thatcher, la chaise musicale conservateurs/travailliste, l’augmentation du chômage et de la délinquance, les émeutes. Un chaos complet qui n’empêche pas la diffusion de Peter Gabriel, des Stones, de The Cure sur les ondes radio, qui n’empêche pas non plus la projection de Midnight Express d’Alan Parker, ou de Star Wars de Georges Lucas. La culture persiste sous les derniers nuages de l’industrialisation en perdition.
 

Dans ce contexte, un psychopathe sévit sur des prostitués dans le triangle Leeds-Bradford-Manchester. Des racoleuses du Yorkshire, nord du pays, qui sont retrouvées la tête défoncée, la gorge tranchée et le ventre lacéré. Une enquête de 6 années qui ébranla le pays et dont les services de police furent dépassés malgré les moyens hallucinants employés. Deux inspecteurs se sont acharnés. Georges Knox, gros bras, tête brûlée, désabusé et son ami Mark Burstyn tout aussi volontaire. Le récidiviste qui a constitué un triste palmarès de 13 victimes signe son œuvre « Jack L'Éventreur » (du nom de celui qui a terrorisé Londres au XIXe siècle et qui n’a jamais été identifié).

Un style particulier qui s’écarte de la course au best-seller, de la masse de livres étiquetés « À lire absolument » « Recommandé par » ou « Prix Belzébuth du meilleur des meilleurs ». L’auteur est de ceux qui se posent, regarde, film et raconte une vérité. Sans insister sur l’enrobage du texte proposé, sur la fioriture j’entends. Un genre étrange où le lecteur doit s'habituer au style. Souvent, le « livre addict » demande de l’effet. Une belle écriture, sans tromperie, du boulot sérieux avec finitions irréprochables pour un résultat agréable à lire. Au final, il ne reste plus qu’à analyser le texte dans son ensemble, le message qui en ressort s’il y en a un. En gros reprendre les éléments qui attirent l’œil pour une belle chronique avertie. Plus qu’un commentaire ou une impression de lecture. C’est ce qui m’attire dans le livre ici présent. La sensation que je rencontre après cette découverte. Pour la chronique, les pros je vous laisse l’honneur, j’aime rester sur mes impressions.
Confronté à l’histoire, du direct d’il y a plus de trente ans. C’est noir. Une sombre réalité qui se répète. À l’heure actuelle, la musique, le cinéma, le look, les mœurs ont changé. J’aurais pu écrire « évolué », cependant les flash infos réguliers sur l’état du monde me laisse croire le contraire concernant l’évolution des idées, des mentalités. Ce que vit la Grèce ou l’Espagne est un copier-coller de l’Angleterre des années septante. À très peu de choses près.

Le ton de l’ouvrage est surprenant. Ce n'est pas le roman ou le lecteur ressentira constamment ce que vivent le tueur, la victime, l'ambiance « Hitchcockienne ». Non rien à voir. En plus du style journalistique, le plus important sera l’impression de prise de vue d'une caméra comme pour un reportage. C’est la patte de l’auteur. Imagé. Je pense à « The killing », qui est un livre repris d’une série à succès. Le volume, l'intégrale, n'est rien de moins que le rassemblement de scénarios. Cela donne un résultat moins concluant que « Sale temps pour le pays ». Avis purement personnel. Le premier, était trop découpé, commercial et celui-ci, juste à bonne dose et réaliste. C'est peut-être deux genres à ne pas comparer ? Le lecteur ressentira très fort la passion de Michaël Mention sur ces 70ies. Certains seront peut-être gênés par l’usage régulier d’anglicisme. Un détail facile à contrer en utilisant « Reverso » sur le net, traduction automatique.

Pour les personnages, seulement deux ressortent plus que les autres. Georges Knox et son collègue Mark Burstyn. Malgré tout, les autres personnages, secondaires, appartiennent à la fresque d’une image chaotique. Même s’il n’y en a que pour Georges en grande partie (le seul dont on peut le plus ressentir l’intelligence émotionnelle hors caméra) et pour le Yorkshire de l’Ouest. Comme les uns dépendent des autres et qu’il y a toujours un ou deux acteurs principaux dans un film, le tout donne un ensemble cohérent.

J’avais dit que Mr Mention nous téléportait dans une autre époque. Au point qu’on le retrouve dans l’histoire à deux reprises au moins.

La première, c’est quand l’inspecteur Cain écrit un roman sur son temps de pause. P132 « C’est déjà assez dur d’écrire et d’y croire ». Ce roman est la bouffée d’oxygène nécessaire pour ne pas perdre pied. C’est le quotidien de l’auteur. Vous retrouverez ce type de message dans « Maison fondée en 1959 » paru aux Éditions Fantascope. Dans lequel il est question de comprendre ce que vit l’écrivain et d’autres artistes dans leur quotidien. Où souvent, ces métiers sont classés « hobbies » plus qu’autres choses. Un autre détail. Le roman de Cain, "Hunderhell" est l’histoire d’un sou marin allemand en 1944. Lien automatique avec le roman de M Mention « Unter Blechkoller » à paraître aux Éditions Fantascope. Où il s’agit également d’une histoire de sous marin allemand en 1944, le U-2402.

La deuxième apparition directe cette fois. Amusante. L’auteur intervient en « chair et en os » en tant que journaliste pour le journal "Le Monde".

Pour conclure, c’est un roman noir, un polar, un bout d’histoire. C’est très instructif, bien éclairé, pas trop dense, étonnant. Mon premier vrai Rivages/Noir que je conseille vivement. 

 

Interview sur Street Press link

Payot&Rivages link

 

 

Maisonfondée1959Maison fondée en 1959 (2011)

 

 Luc Lettelier, 30 ans. « Gentil » homme simple, discret, un brasier de mots. Attends d’être publié depuis 8 ans et 6 ouvrages. Coincé entre le désir de s’accomplir au travers de ses écrits, d’être publié et le désespoir de ne pas être contacté par un éditeur, de douter de ses désirs. Il erre caustique. Un goût d’amertume rend inintéressant le pays qui l’agite dans un shaker au mélange insensé, le monde dans lequel il végète. L’esprit sombre, il transpire l’« à quoi tout cela sert ? ». Nihiliste ? De l’inintérêt qui le motive à écrire. Son souffle de vie, son inspiration, sa confidence « wordienne » sont son sacerdoce. Rhésus, une maison fondée en 1959 lui ouvre les portes vers la lumière. Rhésus « + » empêche Luc de coaguler dans sa dépression… Telles au printemps, les couleurs s’animent, c’est du Whoopi Goldberg qui lance le gospel dans l’édifice morne et plat d’une vie merdique. L’extase retombée, le « logos » (discours) de Luc devient inspiré, vivace. Un logos qui concourt à sa propre survie et qui le ronge a contrario. Une « toxicon »  (une flèche empoisonnée) tirée au centre de sa cible sans retour possible. La « toxicologie » de ses dernières heures a commencé. Un attachement vénéneux. Écrire pour vivre jusqu’à la mort… Où mènera le fruit de la passion de Luc ? La voix est secrète…

‎ D’emblée, le ton m’a plu. Blasé, sarcastique…

« Maison fondée en 1959 n'est pas le plus facile d'accès, car je l'ai voulu déroutant (à la fois marrant et grave), mais au moins, l'avantage avec celui-ci, c'est que tu me connaîtras vite : comme on dit, il annonce la couleur pour les autres bouquins » Michael M.

Dès les premières pages je m'identifiais déjà au personnage principal, rongé entre son besoin d’écrire, son envie d’exprimer son ressenti.

 « Content que tu te sentes "proche" de Luc... je voulais un perso à la fois cool et un peu con, comme moi... et beaucoup d'entre nous d'ailleurs (même ceux qui s'en défendent) » Michael M

Pour ma part, j’ai trouvé que Luc était loin d’être un vrai con. Plus vrai que con…

Le décor et l’ambiance imagés, simples, directs. D’ailleurs à un moment une réserve se dessinait au fur et à mesure de la lecture. J’en aurais voulu plus sur certains points. Par exemple une explication plus « scientifique » ou « malsaine » pendant le premier rendez-vous avec Oscar, directeur d’éditions Rhésus. Une curiosité inutile peut-être. Un manque dont j’ai trouvé l’explication par Luc en page 195 :

« … j’ai toujours privilégié le récit au détriment du sensoriel, par peur de perdre le fil et donc le lecteur. »  

Le lecteur découvre le parcours d’un écrivain, son besoin d’écrire, l’attente d’une réponse (d’autres auteurs deviennent maniaques du nettoyage de leur boîte mails. Celle-ci, vérifiée pour espérer y trouver une date de publication, un rendez-vous, des paranos de la surveillance Hotmail, SMS, téléphone fixe), l’insignifiance de tout ce qui est quand une attente gouverne notre quotidien.

On pénètre dans la dimension de la compréhension de l’auteur, sa vision, son projet. Une personne qui n’étant pas connue ou reconnue est souvent snobé. Pointé de vampire à la recherche de la sucess story. Une story qui chantent d’arrêter de hurler « je suis un écrivain incompris ». On parle d’un auteur qui subît le dédain de pontes du milieu qui visent d’autres objectifs comme la performance au-delà du thème et de l’inspiration de l’auteur, un objectif comme le phénomène de mode, le buzz… Au final des « jet setters » qui omettent l’éventualité que ce soit un avenir qui se dessinerait en tant que métier d’auteur et qui va bien au-delà de taper dans le best-seller. Des snobinards qui lentement empoisonnent la qualité de la littérature ambiante…

En conclusion, un roman intimiste, un huit clos aux airs de Misery (SK 1987), où le poison est Annie Wilkes. Une confrontation entre le fanatisme, la passion, la survie, le fantastique… L’acharnement, la névrose, la connerie imposée. L’auteur signe, non seulement, un autoportrait intelligent, courageux, une idée astucieuse. Il présente aussi le travail qu’il y a derrière un manuscrit, le sérieux d’une telle tâche, ce qui anime le tapeur de touche, sa rigueur. Il offre également un dessin triste en noir et blanc d’un état des lieux d’une littérature hypocrite, engrossée de simplisme, de coup commercial au rapport qualité-prix « vomito »…

Une excellente découverte. D’office à suivre…

Interview de l'auteur sur Unwalkers link

Site de Fantascope editions/plus accessible

Lien sur facebook: link

     Les autres:

rhumepingouin.jpg michaelMla-voix-secrete-accueil-block-10.jpg unter-blechkoller-accueil-block-10.jpg extinctiondefunts.jpg 

 

 

 Michaël Mention

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Foumette 17/07/2012 10:38

Cela fait un moment que j'entends parler de cet auteur et je me dis que je devrai y goûter....je note donc le premier ouvrage sur ma liste! Merci pour cette belle chronique!!!

Crismo Faceaubook 17/07/2012 10:40



he he Foumette ! It's a pleasure  T'as vu comment ça donne en anglais ...Il est bien avec son style perso
l'auteur...tu verras...