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Au-delà du gouffre de Peter Watts

Publié le par Moulaert Christophe

Au-delà du gouffre

Peter Watts

Recueil de nouvelles
SF

Bélial 2016

 

Le recueil transpire de rigueur scientifique, due à la profession de biologiste marin de Mr Watts, sa passion originelle.
Beaucoup d’éléments scientifiques de base réalistes qui entraînent une extrapolation fictionnelle de haute voltige.
Ce qui a pour conséquence une offre d’histoire très variée, aussi complexe (l’île, les choses : hard science) qu’accessible (starfish, SF beaucoup plus abordable).

Clairement, certaines nouvelles sont pour les puristes. Elles représentent tout et rien à la fois pour les non-initiés.
Fort heureusement, à travers ce panel intelligent, il est agréable de se plonger dans des univers ingénieux, futuristes, terre-à-terre et noirs, neutres et naturalistes !

Le lecteur est amené à se poser constamment des questions comme qu’elle est cette entité ? Cette biomasse ? Nous ou un dieu ou autre chose ?… « Malak » la dernière génération de drone, intelligente, peut faire la part des choses entre la statistique d’un dommage collatéral et son champ d’action possible, une intervention armée nécessaire ou non ? Nous, biothermaux, devenons plus objets qu’acteurs dans la furtivité des combats ; on touche le seuil de l’I.A. Que devenons-nous ? ! Le sujet abordé rappel les drones de combats dans le très beau film de SF postapocalyptique, « Oblivion » (2013).

« L’ambassadeur » est un texte qui demande aussi une certaine concentration. C'est une sorte de chasse à l’homme intersidéral. Un thème d'actualité frappe, l'hostilité entre humains… en page 74 :

« Toute intelligence capable de vol spatial avancé doit pouvoir aussi concevoir des motivations pacifiques : telle était la sagesse des sociologues humains. Dont la plupart n’étaient jamais sortis du système solaire. Dont chacun n’avait jamais rencontré d’extraterrestre. Peu importe. La logique semblait plutôt saine : une espèce incapable de contrôler son agressivité aurait du mal à survivre assez longtemps pour s’échapper de son propre système. »
« Une hostilité aveugle envers tout ce qui bouge n’est pas une stratégie évolutionnaire qui tient la route. »


Attaquer pour mieux régner, ou en quelque sorte le mécanisme d’autodéfense, sont des principes ou des réactions qui mènent à la perte d'une civilisation, celle-ci s’automutile par sa mauvaise gestion de l’ensemble, de son environnement, de la nature. L’extrait dévoile encore une fois toute la modernité des propos de Mr Watts.

Parlons d’une autre question existentielle déjà soulevée dans le commentaire, celle des croyances. Parlons, de ces Dieux qui ne répondent pas aux prières de ceux qui ont perdu un être cher. Parlons des victimes terrassées par tempêtes et orages… Y-a-t-il une conscience dans les nuages, peut-être dans « Nimbus », ces brumes épaisses qui s’en prennent aux hommes à un endroit précis ? Pourquoi ? Comment ? Quelle logique gouverne les éléments ? Et la vie artificielle par simulateur, ou la folie au naturel ? Remplacer un mort, par un artifice imagé et audible, la question de Dieu se retourne contre l’inventeur. La présence omnisciente d’un Dieu que l’homme aurait créé ? Voyez-vous, il y a de quoi méditer.

Ne pas omettre « Eriophora », le vaisseau spatial, le retour brutal à la hard science ; c’est du lourd avec une exposition intense au technique complexe d’ingénierie. Difficile à comprendre. Comme les voyages spatio-temporels dans « Éclats ». En partie, j’ai envie de dire dommage, car je désirai tant m’imprégner de cette dimension hors norme, m’asseoir aux commandes de la bête et Bzzzzzzz ! À travers temps et univers… En partie, car cela est un peu arrivé, finalement, grâce à l’illustration sur la couverture ; ce qui permet de souligner au passage avec ferveur le travail fabuleux de l’éditeur sur l’objet livre.

 « Starfish », est ma préférée. Deux personnes diamétralement opposées sont en mission de contrôle et de surveillance d’installations sous marines dans une profondeur abyssale. Elles vivent à l’étroit dans la station BEBBE entourée de créatures repoussantes. Clark, solitaire et passive confrontée à l’enthousiaste et active Balard. L’affrontement psychologique s’ouvre aux parties. Il est question de la gestion de l’environnement hostile, du confinement, de la nouvelle technologie moins intensive, mais bien présente et du self-control.

Au-delà du gouffre, dans le fond, c’est une aventure optimiste comme l'a précisé l'auteur en fin de bouquin. C'est juste, qui ne serait pas heureux de savoir que l’homme s’adapte dans des conditions climatiques rudes, avec de nouvelles technologies à la clé et des perspectives futuristes alléchantes, avec une part de conscience qui reste encore contrôlable et qui laisse une belle place pour les questions existentielles, malgré toutes ces animosités disponibles.
 

Disponible chez Pocket SF :

- Béhémot
- Rifteurs
- Starfish
- Vision aveugle

 

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