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Un dernier verre au bar sans nom (Don Caprenter)

Publié le par Moulaert Christophe

Un dernier verre au bar sans nom
DON CARPENTER
Post mortem 2014
10/18 – 2017


Sale temps pour les braves a été publié en 1966.
L’époque où John Fante passa le succès de scénariste des années ’50 et vit sa vie familiale se dégrader ; où Buko publia le brillant " Journal d'un vieux dégueulasse
  " (1967)… où ce fût la naissance du mouvement hippy, où les révoltes raciales touchèrent leur apogée (si bien décrites dans " La cité sauvage " de TJ English d’ailleurs), où le carnage du Vietnam suscita les passions les plus déchainées, etc.….
L’époque où c’est
la rencontre entre deux écrivains, Jaime et Charlie. Il a du talent, elle ne sait pas sur quoi écrire alors qu’il ambitionne de raconter la guerre (genre " Né un 4 juillet ") parce qu’il dit l’avoir vécu.
Charlie est fougueux, c’est un personnage charismatique et deux fois plus âgé qu’elle. Jaime connaît son premier amour.
Ce couple est central. Les restes sont des circonvolutions : les autres artistes comme Stan, l’ancien cambrioleur, et sa tentative hollywoodienne sur les traces d’un Neal Cassady ; Kenny Gross, écrivain qui laisse la plume guider l’histoire, sans en connaître la fin ; il y a aussi les familles, la vie des artistes, le cheminement de l’inspiration, la recherche, l’écriture, les corrections, les impressions, les publications. C’est d’un vaste…
Si certains fantasmaient
de recréer un groupe genre " beat generation ", s’eut été difficile car ils baignaient encore en plein dedans.

C’est peut-être pourquoi nos auteurs, qu’on appréciera vite, semblent avoir une existence d’errance, presque à l’ombre des initiateurs médiatisés ; sans toutefois être dénués d’imaginations.
Il y a un paradoxe qui ressort, celui qui naît de la relation entre l’échec et la réussite des gens. Ils pataugent dedans. Prenons l’exemple de
la réussite littéraire qui suscite la jalousie même de l’être le plus proche. Le coup porté par Jaime « involontaire » en clôturant un roman. Elle est presque gênée d’aboutir (P174), car elle termine son premier livre en un peu plus de 3 mois tandis que Charlie après plusieurs années n’en n'est nulle part. Jaime est l’image de la détresse de Charlie, l’image du spleen de l’écrivain.


La postface résume justement le rapport personnel qu’entretient l’auteur avec toute son œuvre littéraire puisqu’elle est pour une grosse partie auto biographique.
Imagine-t-on Charlie sur la couverture, pastiche de Don Carpenter lui-même ; pensif à la recherche d’une autre obsession que l’écriture (p252) ?

 

On peut se demander la relation qu'auraient pu connaître Don avec ses contemporains, les géants de la littérature américaine.
Qu’auraient-ils pu se dire s’ils s’étaient rencontrés autour d’une table ? Cela aurait-il donné naissance à une ou plusieurs nouvelles, ou des romans ?
Fante et Carpenter scénarisaient tous les deux pour les gros studios de Hollywood (pas à la même période, mais quand même, presque !), ils auraient dû se connaître. Peut-être était-ce le cas ?
Quoi qu’il en soit, il y avait une niche évidente de grands talents dans le coin, toujours très influents aujourd’hui.

Ce bouquin est le genre de livre qui résiste au temps ; présent pour vous en apprendre beaucoup sur le métier du livre et sur la vie d’écrivain.

" … j’ai été emporté dès la première page du manuscrit, plus comme un lecteur reconnaissant que comme une infirmière au triage. La voix était là, l’architecture solide, les intentions astucieuses de Carpenter abouties. La fin aussi était belle. Savoir que le livre était bien là, que Carpenter l’avait mené à son terme, qu’il soit publié ou non, rendait le monde plus vaste, pas énormément, mais de manière décisive. " (446)
 

Assis sur la terrasse blanchie par un soleil d’été, les pieds pendant dans le vide.
Dans la main, un soda sue de fraîcheur.
Une guêpe virevolte autour de mon premier rosier.
Je bois une longue gorgée.
Et je ferme " Un dernier verre au bar sans nom ".

 

Extrait : Charlie et ses 3 options pour être écrivain P60.

" Longtemps auparavant, quand il avait décidé de devenir écrivain, il avait réfléchi aux diverses façons de procéder. Il pouvait tout bonnement se mettre à écrire. Coucher par écrit ses expériences et ce qu’il en pensait. Voilà comment il en était arrivé là : par les choses qu’il avait vues. Les sentiments qu’elles avaient fait naître en lui. Une autre possibilité était de lire obstinément tous les romans de guerre pour voir ce qui avait déjà été fait. L’inconvénient étant qu’il pourrait finir par imiter les autres écrivains de guerre, ce qu’il préférait éviter. Bon sang, ce qu’il voulait, lui, c’était écrire le Moby Dick de la guerre. Ou du moins essayer. La troisième option consistait à passez un diplôme universitaire, même s’il n’avait pas eu le bas. Apprendre ce qu’ils pouvaient lui enseigner. Il avait une équivalence qui lui avait été délivrée par l’armée à l’époque où ils croyaient faire de lui un officier, pour qu’il puisse entrer dans une fac qui n’aurait pas de critères de sélection trop drastiques. Il avait fini par faire les trois. "

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