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1Q84, La trilogie (Haruki Murakami)

Publié le par ChrisMo

1q84 completweb2

La trilogie

Belfond 2011-2012
 10/18   2012-2013

 

Je me suis plongé dedans parce que quelque chose m'attirait chez l'auteur depuis un long moment. J'ai vraiment attendu avant de l'aborder. J'étais intimidé.
Pour ma part, c'était ma première vraie lecture surréaliste de Mr Murakami car le seul que j'avais lu de lui était auto biographique. Et d’une longueur qui allait aux antipodes de 1Q84. Seulement 224 pages. Il s’agit d'« Autoportrait de l'auteur en coureur de fond » (paru en poche 10/18 en février 2011). Je ne savais pas comment résumer cette trilogie, une fois de plus, je me suis senti dépassé, j’étais impressionné malgré la taille de l’histoire. Finalement, j'ai trouvé une synthèse que j'ai choisi de recopier, je ne pouvais pas proposer plus claire. En sachant que j'ajouterais un commentaire personnel, c'était certain.

 

Résumé


« … En pénétrant dans 1Q84, abandonnez toutes certitudes ! À Tokyo évoluent séparément deux personnages en marge de la société, unis par un lien mystérieux : Tengo est professeur de mathématiques, mais aussi écrivain, Aomamé est une tueuse à gages, déterminée et efficace. Lorsqu’un éditeur demande à Tengo de réécrire secrètement La Chrysalide de l’air, le manuscrit d’une jeune fille de 17 ans, pour le transformer en un roman à succès, il sera emporté, tout comme Aomamé, dans un tourbillon d’évènements étranges où interviennent deux lunes, une secte de fanatiques, de mystérieux Little People, un enquêteur tenace et menaçant… » (source: http://www.10-18.fr/site/1q84_&401&84.html)

On ne peut plus limpide. Sur cette page se trouvent des liens qui mènent à de très belles chroniques de blogueurs aguerris ou de journalistes-chroniqueurs professionnels. Faites-vous plaisir.


Petit plus


Pour une immersion totale dans le monde étrange d’1Q84, il est capital d’écouter l’impressionnante « playlist » concoctée par Brusselando RadioAlma(http://radioalma.eu/brussellando/). Un peu plus de 2 h qui vous entraînera du Jazz de Louis Armstrong à la « Sinfonnietta » de Janacek (majeure dans la trilogie), ou encore du pianiste Glen Gould au Rock des Stones. Même sur le plan musical, l’auteur est minutieux. Ici :http://www.youtube.com/playlist?list=PLC7C3EB88F1DC8240

 

Les personnages


Des solitaires, à l’enfance douloureuse due à l’absence des parents.
Tengo, AOmamé, Fukaéri, Tamaru, Ushikawa ont des points communs flagrant. Ils sont tous dotés d’une grande intelligence. À la recherche d’une reconnaissance ou d’une utilité. C’est pourquoi j’ai décidé de les présenter avec leurs particularités.


Tengo : chaleureux, loyal, honnête. Mathématicien, écrivain, ancien judoka de haut niveau. Réécris un manuscrit « La chrysalide de l’air » écrit par une adolescente de 17 ans, Fukaéri. Sa mère a disparu. Son père, collecteur de redevance télé pour la NHK, lui étouffa les plaisirs de l’enfance en l’obligeant à l’accompagner à la collecte tous les weekends. Pas de relations parentales chaleureuses, c'était froid, sévère, sans reconnaissances.


Fukaéri. Ado énigmatique a écrit la Chrysalide de l’air. Taciturne, mémoire impressionnante, peu bavarde, dyslexique. Élevée par un ami de ses parents membres d’une secte : « Les Précurseurs ».


Aomamé. Directe, franche, parfois inattendue. Vit seule, tueuse à gage à la méthode hors du commun et au service d’une riche vieille dame qui défend les femmes victimes de violences conjugales.  Ses parents suivent les préceptes d'un groupe religieux strict « Les témoins ». Pas de reconnaissance des parents non plus. Elle a fui sa famille aux principes trop carrés. Elle maîtrise les arts martiaux, terminé des études de sport, très bonne mémoire, excellente connaissance du corps et passionnée d’histoire.


Tamaru. Orphelin d’après la Seconde Guerre mondiale. Homme de main de la riche vieille dame. C’est lui qui amène « La recherche du temps perdu » à Aomamé pour qu'elle s'occupe l'esprit. Son temps il le passe à attendre qu’une tâche lui soit confiée. Un individu patient, éclairé et dangereux quand c’est nécessaire.

Ushikawa. Détective très intelligent. Esprit logique et d'une déduction affûtée digne des plus grands qui ont nourri les histoires policières. Très proche et aussi brillant que Tyrion Lannister (le nain dans Games of throne de GRR MARTIN). Rejeté par sa famille à cause de son apparence physique. Ancien avocat. Travaille à son compte.


On dirait une ode à la résilience qui provoque la réussite des personnes qui ont connu un passé douloureux, des gens qui cherchent à combler un manque de reconnaissance, d’amour parental. Ils s’investissent très jeunes, empli d’une détermination sans failles et deviennent doués dans leurs domaines de prédilection. De manière générale, il n’y a pas beaucoup de place pour un cancre dans l’aventure.

 

 

Les longueurs


Il y a celles utilisées pour décrire la vie des personnages. Tout le monde à une histoire. Les parents, une amie, le « leader » des précurseurs. L’auteur a une attitude d’empathie pour chacun d’eux. Qu’ils soient secondaires ou principaux, tous ont une origine, un vécu qui les définit. Chaque geste ou objet, en raison de l’attention profonde que lui accorde l’auteur, a une existence significative. Il est pointilleux sur la description physique et comportementale de ce qu’il observe. Voilà, une des premières raisons de l’étirement de l’ouvrage.


Il y en a d’autres sur des faits historiques, sur la vie et la culture d’indigènes… Celles-là étaient peut-être moins nécessaires.


Il y a celle qui s’explique plus en finesse, et qui dessine l'oeuvre, qui sert de base à l’ensemble du projet. C’est l’influence qu’a eu/qu’aurait pu avoir sur Haruki Murakami, « La recherche du temps perdu », de M Proust (7 volumes).


« Dès qu’il y a du vide, il faut le remplir. Tout le monde fait comme ça » (P184 T2)


Dans la trilogie de Murakami ou l'heptalogie de Proust, il faut retenir l’importance de la notion du temps. Agencer, ordonner, réguler ce temps qui passe afin de maintenir un équilibre psychique chez l’homme. Combattre l’inactivité. Ne pas se retrouver seul devant soi même quand il n’y a rien d’autre à faire que de passer le temps… L’errance par manque affectif, matériel, d’objectifs ; réduis une personne à néant. C’est comme cela que Tengo, Aomamé, et Ushikawa s'évadent dans de longues réflexions, des monologues pour ne pas sombrer dans une sorte de dépression, pour ne pas perdre l’esprit. Ces longues heures d’attentes prennent une forme qui dépasse la longueur fastidieuse à lire. La recherche du temps perdu.


C’est se construire une vie basée sur des souvenirs. Car l’individu n’a pas conscience du temps présent, il ne le voit pas, il ne voit pas sa vie s’écouler. Sauf montre en main, mais encore une fois, là, ce sont les secondes qui défilent qu’il a vu et non l’instant présent. Le temps n’existe pas au présent, ni au futur, seulement au passé…


L’autre manière d’aborder la question du temps est la transformation « physique » de celui-ci. L’idée subtile de l’auteur, le fil conducteur. À un moment le lecteur pourrait croire que ce monde transformé qu’est 1Q84 est le fruit de l’imagination de personne seule dont l’esprit divague. Du fait qu’elles n’ont rien d’autre à faire. L’histoire démontrera que ce n’est pas le cas. Ce concept est intelligent. L’année 1984 s’est arrêtée pour bifurquer en 1Q84. Ce n’est pas un monde parallèle, mais le même monde qui change de trajectoire. C’est l’émergence d’un nouveau monde dont seuls quelques initiés sont capables de constater le changement. Comme l’apparition des deux lunes. Une brillante approche surréaliste tintée d’une tendance P.K. Dick. Auteur de SF dont la quête était cette recherche sur « La modification et la manipulation de la réalité ».

 

« Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité » (P23T1)

 

Mais encore


Pour l’ensemble du contenu. Le tome 1 avec ses décors et ses personnages est une longue introduction et une découverte de l’étrange. L’intrigue et les coups de théâtre rendent le tome 2, le cœur de la trilogie, plus actif ; avec plus de suspens qui maintient le doute sur ce qu’est la réalité et ce qui est fictif dans la vie de Tengo et Aomamé. L’un est-il le fruit de l’imagination de l’autre ? Un monde créé pour remplir un vide affectif. Un passage intense. L’histoire subira une très grosse accalmie pendant les 2/3 du tome 3. La fin de celui-ci n’est point une chute complexe et surprenante, mais bien une fin espérée, attendue et belle.

L’auteur sympathique offre des conseils d’écriture (introduit à travers Tengo et son éditeur dans l’histoire). La rigueur que s’impose Murakami pour écrire, qu’il explique dans son autoportrait en coureur de fond, ressort chez Tengo.


« Écrire tous les jours. Peu importe que ce soit une histoire ou non. Les parties pourront servir plus tard à un ensemble » 

« J’écris des romans, mais comme ils n’ont pas encore été publiés, je ne suis pas non plus un romancier » (p88 T1)

« Le processus aboutit à une forme qui demeure une œuvre. Et si cette œuvre suscite l’accord et la sympathie d’un nombre suffisant de gens. Elle devient alors une œuvre littéraire qui possède une valeur objective » (P92 T1).


Écrite d’une plume légère, poétique par moment, crue parfois, abondante tout le temps, cette trilogie est très astucieuse et débordante de richesse. Il y a beaucoup de concepts qui s’entremêlent. Le monde n’est pas tel qu’il est, mais plutôt tel qu’on le conçoit en somme. On passe notre temps à le réinterpréter comme cela nous convient. Que ce soit par amour ou par dégoût. Murakami évoque le sentimental, le culturel, le philosophique, l’historique, le surréalisme, l’intrigue, l’auto biographique… C’est complet, sophistiqué et paradoxalement d’une longueur nécessaire qui m’a donné l’impression d’avoir touché du doigt le mystère de la patiente. Un roman-fleuve reposant. Haruki Murakami est une machine à écrire redoutable.


Pour terminer, voici un extrait vidéo d’Aomamé dans son appart. Très représentatif… de l’attente…

 http://www.youtube.com/watch?v=eF-SQGyPyDc&feature=share

 

 

10/18  Belfond

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christine 13/05/2013 23:30

Bravo ! Ta réflexion sur 1Q84 est des plus juste à mon sens, je retrouve tout ce que j'ai éprouvé au cours de la lecture de cette fabuleuse trilogie. J'ai adoré ce que certains ont détesté chez
Murakami, cette distortion du temps, ces longueurs et ces descriptions qui n'en sont pas et qui font justement la qualité de l'oeuvre. Et tu l'explique merveilleusement bien ! Merci pour tout le
temps passé à l'écriture de ce bel article.

ChrisMo 14/05/2013 08:46



Merci infiniment pour ton commentaire. Après la lecture, j'étais bloqué sur ces longueurs. Je ne m'attendais pas à plonger dedans, les interpréter de cette manière. J'en suis très étonné.
 N'est-ce pas cela la magie qu'insuffle l'auteur ? Provoquer une remise en question ? Parfois. En tout cas je suis surpris. Pour la première fois depuis que je me nourris de lecture, je
justifie "l'étirement" :-)