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Deborah Harkness

Publié le par ChrisMo

le livre perdu

Le livre perdu des sortilèges (2012 Poche)

A discovery of witches (2011)

 Un étonnant cadeau LDP imaginaire dédicacé. Immense Merci !

Pour qui que ce soit, garder la magie à distance ne donne rien, un monde sans magie n’existe pas. C’est ce que Diana Bishop découvrira. Elle est une charmante femme brillante, mais aussi effrayée et triste qui refoule son don de sorcellerie. Par crainte de la facilité, et ce, depuis la mort de ses parents quand elle avait 7 ans. Elle se défend bec et ongles contre le mystère du sortilège, des enchantements afin de vivre normalement. Comme un humain. Elle est devenue chercheuse à l’université d’Oxford en histoire des sciences avec une spécialisation touchant à l’alchimie. À la bibliothèque du Campus, elle s’attarde sur l’Ashmol 782. Un manuscrit alchimique ensorcelé qui date de plusieurs siècles. Une connexion l’ébranle, tout se bouscule en elle. Et autour également. Les créatures l’approchant deviennent plus nombreuses, s’intéressent à elle, l’épient. Tous, aussi bien les démons criminels instables, que les vampires séducteurs et enfin les sorcières jalouses. Tous la titillent, la menacent, la questionnent, sa vie change brutalement. Sa tranquillité paisible est mise à mal. Un Nouveau Monde s’ouvre à elle. Hostile. Tout le monde prétend être le destinataire de ce livre… Une espèce de bible de l’origine et peut-être de la fin des espèces, des créatures : humains, démons, sorcières, vampires ? Le secret des quatre races qui habitent le monde.

Diana a beau se méfier. Et, malgré elle, craindre l'étrange. Les sentiments ne se commandent plus à un moment donné. Le combat entre la raison et le cœur devient insoutenable. Surtout quand le mélange des races est interdit selon le pacte ancestral contrôlé de très près par une congrégation. Un principe de base qui, une fois la limite franchie, entraîne des sanctions impartiales et brutales. Il est capital de maintenir la discrétion pour ne pas alarmer les humains. Cette règle majeure nourrit la méfiance, la suspicion, les tensions entre individus. L’amour, la haine, la tristesse, les rancœurs constituent l’atmosphère électrique de l’opus.

Diana est charmée par Matthew Clairmont, un vampire chercheur possessif et attentif, beau, un scientifique dont les recherches dans leurs ensembles sont orientées sur l’évolution des espèces. Petit à petit des sentiments réciproques d’affections, le désir, le rejet, l’instinct de protection, la découverte de l’autre vont naître. La méfiance et l’attirance les submergent, tous les deux restent focalisés sur ce manuscrit qui semble représenter bien plus qu’il n’y paraît. La relation entre les individus. La différence qui donne du mal à s’accepter et accepter les autres. Diana veut être une autre, une humaine. V.p.135

« Une vie où il n’y a ni mort, ni danger, ni peur d’être découverte » (Diana)

À quoi son galant répondra :

« La normalité c’est une fable que les humains se racontent pour se réconforter, quand ils sont confrontés à la preuve que presque tout ce qui les entoure est tout sauf normal » (Matthew).

« La peur et le déni sont ce que souvent les humains savent faire le mieux. Diana. Mais ce n’est pas une possibilité pour une sorcière » (p138)

Rien à ajouter. La normalité est le poison de l’être pensant. De tout le monde. Quel que soit l’âge, la couleur ou la richesse.

Les thèmes proposés sont vastes. Exploiter la connaissance, croire en ce qui n’est pas visible. Les forces invisibles d’évolution et de transformation, celles qui ont mené Newton à la théorie universelle et Einstein à la théorie de la relativité. Une grosse démonstration de savoir.

Des questions surgissent au fil de la lecture. Je vais encore m’éparpiller. En voilà un sort de jeté, un envoûtement bien opéré finalement. J’en viens à me demander. D’où vient le manque de confiance en soi ? Pourquoi freiner l’élan de l’un et pousser la catatonie de l’autre ? Pourquoi est-ce qu’on nous demande d’être uniquement jusqu’à un certain point ? Pourquoi vouloir être autre plus tôt que soi ? Faut-il renoncer à la normalité pour s’auto réaliser ? Est-ce que l’impossible est impossible ? Ce doute qui freine le nombre comme Diana est la semence du gouvernant sur le gouverné. La croyance populaire manipulée pour mieux user de l’innocence des foules. Cultiver la différence pour incruster l’indifférence et la haine de l’autre. La différence, le manque de connaissance d’autrui qui est l’apanage des planteurs de graines théoriques orientées vers des applications, des inventions, que les ramasseurs ou testeurs ingurgitent et/ou utilisent aveuglément. C’est le sentiment que me laisse la congrégation. Une extrapolation pour me permettre de lier l’histoire du livre à notre société. Le conventicule, ce regroupement de neuf individus d’espèces différentes est une conséquence courante qui s’apparente très bien à un mouvement contestataire levant le poing contre la puissance en place qui maintient la conservation des différences et ce que cela engendre…

C’est un beau roman, c’est une belle histoire… Un genre de Roméo & Juliette en somme. Une relation hétérogène vue d’un mauvais œil. La convoitise pour le manuscrit et la condition particulière, voire exceptionnelle, de Diana. Puis c’est le calme plat, c’est une très longue prise de contact, le livre Ashmol 782 reste en retrait, il devient le sujet de conversation sans être présent, disparu à nouveau. Une intrigue de départ mise en suspens quelque part, pour laisser place à un long questionnement, un dilemme.

La cause de la longueur, paradoxalement, est la découverte d’une nouvelle approche intelligente et extrêmement fouillée de la condition des créatures de fictions vampiriques, démoniaques, de sorcellerie, humaines. Cette proposition forme l’atout du livre. Son sujet. L’idée plus que la fluidité de l’histoire. Le principal qui pousse le lecteur à aller de l’avant dans l'aventure de cette œuvre très dense. Il y a un trop long passage théorique avec une mise en avant insistante de la théorie de l’évolution de Darwin, citant en plus Lamarck et Newton. Le lien proposé entre l’alchimie et l’évolution des créatures est surprenant. Jusqu’à l’ADN qui rejoint la cause. L’extinction envisageable des espèces, ou leur mutation vers une nouvelle espèce adaptée, moins sujette aux pouvoirs, à force de moins les utilisés… L’altération diminue… Très fort. Malgré l’interdiction de mélanger les espèces, que donnerait le métissage ? Une nouvelle forme de créature plus aptes ? La sauvegarde des races, de leurs dons ?

 

Jusqu’à la moitié du livre, à près de 400 pages, les neurones bouillonnent, le temps s’étire, l’intrigue de départ est étouffée par le désir de faire comprendre au lecteur la logique d’une idée brillante. Simplifiée, elle n’aurait rien perdu de son charme. À trop insister, ça ressemble plus à un travail de mémoire que l’écrit d’une histoire qui laisse le témoin sans voix. Pousser dans le détail ne facilite pas spécialement la compréhension pour le lecteur, cela risque de provoquer l’ennui. Il est difficile de faire simple et pourtant c’est ce qui est magique quand c’est appliqué… La pluie de référence de personnages historiques n’était pas nécessaire pour nourrir l’histoire, en tout cas en bloc et dans les conversations aussi. Le petit défaut de l’historien passionné, subjugué par les aventures, les découvertes qu’il veut partager et transmettre. Le texte était suffisamment nourri en rebondissement, et le saut dans le temps aurait permis/permettra d’introduire les personnages historiques et la surprise au moment opportun…

Après coup, forcer la lecture et passer la première moitié fut un effort très récompensé. Les personnages s’ajoutent, l’action, le mystère, l’intrigue gonffle, les stratégies s'imposent, des complots, des alliances, un ensemble judicieux, la préparation d’une guerre, d’une rébellion, la découverte de l’autre, les pouvoirs… Une fuite est vivement recommandée. Un voyage dans le temps pour que Diana puisse découvrir, s’approprier, maitriser, ses nouvelles capacités qui sont d’une intensité jusque-là insoupçonnée. L’issue de ce premier tome génère une attente importante pour la suite. Une promesse pour une continuité fulgurante, pleine de surprises, de combats inévitables et un final étonnant. C’est un grand risque au vu de la masse d’éléments jetés dans ce premier « grimoire »… Tout y est pour vous ensorceler. La magie prendra-t-elle après coup ?

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TOME 2 Déjà disponible

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