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L'étrange destin de Katherine Carr (Thomas H. Cook)

Publié le par ChrisMo

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L’étrange destin de katherine Carr (2013)

The fate of Katherine Carr (2009)

Thomas H. Cook

 

Quelle surprise, pour une première lecture.


Le récit :

Sous une chaleur étouffante, lors d’une traversée sur un fleuve entouré d’une jungle dense, Gates narre à son interlocuteur, Mr Mayawati, des faits étranges. Des faits qui lui venaient eux-mêmes d’Arlo Mc Brid, un ancien policier du bureau des personnes disparues, rencontré dans le O’Sheas Bar de Winthrop, États-Unis.

Dans le récit :

Afin de ne pas rester figé dans le désespoir depuis l’assassinat de son fils Teddy de 8 ans, il y a 7 ans, Georges Gates, écrivain et journaliste qui avait abandonné ses récits de voyages, se contentait d’écrire des articles pour le journal local (le Winthrop Examiner) sur des citoyens ou des événements qui entretenaient le quotidien de la ville. Son principal centre d’action, d’où lui venaient ces sujets à développer, était le O’Sheas bar. C’est donc tout naturellement que l’histoire de la disparition il y a 20 ans de Katherine Carr, ainsi que celle de la condition d’Alice Barrows (une petite fille atteinte de Progéria, une maladie dégénérative, il s’agit d’un processus de vieillesse accélérée), s’imposèrent à lui.

Dans le récit :

Gates feint de s’intéresser à l’histoire de Katherine Carr et d’Alice Barrows pour mieux se rapprocher d’Arlo Mc Brid et préparer son habituel article sur une personne qui a servi la ville. Cependant, l’intérêt pour l’écrit sombre et sinistre de Katherine Carr et la personnalité d’Alice augmentera proportionnellement au désintérêt de l’article prévu pour l’inspecteur Mc Brid.

Je me demandais de quelle mélodie, non c’est trop doux. De quelle mélopée, pouvais-je m’imprégner pour retranscrire un vécu après une lecture somme toute étrange ? Choix arrêté sur un genre original, à l’ambiance aussi poétique que sombre, voire mystique. Corvus Corax (performance en direct : cantus buranus : link )

Des images surréalistes, que je vous partagerai, se dessinèrent pour me sauver de la catatonie, de l’étonnement d’après lecture. À court de mots, les idées secouées par un ouvrage très fin, très intelligent, je restai submergé par une éruption de sensations et de questions. La musique, la peinture, la photographie, l’art de rue. Pourquoi citer ces piliers culturels ? Ils m’ont permis d’illustrer ce livre. C’est la magie, que tout le monde recherche quand il découvre un bouquin, une photo, un cadre, une chanson, non ? Quand cela arrive, une apothéose vous emmène dans un autre monde. Le lien entre le visible et le non visible est donc possible. Du bon côté des choses, alors qu’en serait-il du côté du paranormal, sombres et glauques ? Je vous laisse la balle, moi je ne veux rien savoir. J’aime la beauté gentille.

Les mots ne seront qu’une explication timide, devant la grandeur que dégagent ces artistes. Et plus particulièrement, Thomas H Cook. D’un coup de texte a raconté une histoire intrigante, tout comme Magritte à peint « La reproduction interdite » (1937),

reproduction prohibited 1937

tout comme Kurt Wenner, de nos jours, dessine des « Trompe l’œil » de grandes dimensions dans les rues.

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Les trois artistes ont la capacité d’entraîner les témoins de leur art dans l’admiration, l’étonnement devant la beauté, dans un premier temps. Ensuite et très vite, une deuxième sensation frappe, c’est la réflexion, le questionnement devant le surréalisme, notre réalité est bousculée : ce que vous voyez n’est pas ce que vous croyez, le reflet dans le miroir n'est pas notre réalité...contradiction avec les lois de la nature... Pour finir, et, c’est ce qui fait le talent incommensurable des artistes, une somme de réactions s'enchaîne. Les réalisations frappent les sens, l’imagination. Des sensations marquantes s'enracinent dans votre mémoire pour longtemps. L’image de Kurt Wenner en est un exemple frappant. Au premier coup d’œil, on voit un dessin magnifique au sol, comme le livre que l’on tient qui couve le squelette d’une histoire classique. Dès que l’artiste invite les gens à observer l’objectif qui immortalise « le coup de crayon », le témoin est surpris. Ses sens ont été trompés. Une œuvre en 3D lui pulvérise les repères. Ébahi, il ne peut qu’admirer le résultat. C’est exactement, mon ressenti après la lecture de L’étrange destin de Katherine Carr.


Au-delà de ce qui a été judicieusement précisé sur le quatrième de couverture : « … Le récit dans le récit dans le récit où le surnaturel fait une incursion troublante, roman atmosphérique aux résonnances gothiques » c’est un livre qui sort des sentiers battus. Le genre de ceux qui sèment le doute, qui bouleversent les sens, qui poussent à la réflexion. Ce n’est pas un polar. Il s’y frotte avec une enquête qui est plus une recherche de réponse à une histoire racontée par une personne disparue (Katherine Carr). Proche du thriller sanglant par la longue liste d’exactions perpétrées par des tueurs et tueuses en série, par le sang répandu par de la main de fous furieux. C’est aussi une quête psychologique, une thérapie pour les conteurs, une quête de sens, de recherches de compréhension de l’innommable, l’évocation de la douleur des familles des victimes, et de celles des victimes qui ont eu la chance de réchapper à la torture, de la solitude, de la désolation, le ressenti d’être figé dans le temps avec des souvenirs cauchemardesques, tristes, endeuillés, de l’errance sans espoir où les individus s’oublient et deviennent transparents. C’est aussi un roman qui embrasse le genre fantastique, en touchant à la notion de mauvais esprits, ou d’esprits vengeurs.

 

L’intrigue est profonde. L’érudition parfaite, capte l’attention, elle est concise empêchant toute lassitude (thème trop étrange pour cela). La multiplicité des points de vue laisse penser à « la régression à l’infini » (avec un miroir derrière lui, un personnage qui se regarde dans un miroir. Vois un personnage qui se regarde dans le miroir une multitude de fois…). Devant une simplicité de prime abord, le lecteur se rendra compte petit à petit qu’il s’engouffre dans un ensemble très complexe et d’une grande fluidité. Ce n’est pas une répétition du film « Inception » de Christopher Nolan , c’est beaucoup plus abordable, moins fastidieux. Plus proche d’une rumeur de maison hantée : même après le passage d’une équipe spécialisé dans le paranormal, qui affirme que la dite demeure n’est pas sujette à un phénomène inexplicable, la crainte a signé sa présence indélébile quand même. Cet endroit, on n’y va pas. Point barre…

Un livre glauque, couleur sépia. Après coup, le doute malsain subsiste. À travers l’objectif d’un appareil reflex haut de gamme posé sur trépied sur une place quelconque, vous regardez une œuvre d’art : « L’étrange destin de Katherine Carr » de T.H. Cook, illustrée et dessinée par un Kurt Wenner. Bonne chance pour l’effet 3D…

 

Editions du SEUIL

 

Commenter cet article

&&& 07/08/2014 13:17

Je suis le traducteur de ce roman et, lisant votre critique, je ne résiste pas à l'envie de vous dire que vous exprimez parfaitement, je trouve, toute la richesse de ce récit aux contours fantastiques. Merci de cette belle chronique.

Chris Mo 10/08/2014 10:25

Cher Monsieur Philippe Loubat-Delranc,
Vous m'en voyez extrêmement ravis et touché par votre commentaire.
C'est moi qui vous remercie pour cet agréable moment de lecture.
Vous m'excuserez si je ne parle pas du travail - que je devine rude et fastidieux - de traduction ; ma connaissance en la matière n'est qu'un vide sidéral.