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La famille Fang (Kevin Wilson)

Publié le par ChrisMo

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La famille Fang (2013)

The Family Fang (2011)

C’est la famille atypique, limite surréaliste, fondée par deux artistes principaux complètement illuminés, talentueux et reconnus. Caleb et Camille FANG. De fervents pratiquants de l’art spontané, de l’art pertinent, de l’art réfléchi. Tout est calculé malgré l’air d’improvisation qui s’impose et perturbe les badauds témoins de happening sensationnels. Leurs actions consistent d’une certaine manière à la création de scénarios pour monter des séquences filmées un peu partout et qui passeraient pour des caméras cachées à la François l’embrouille. Sauf que chez les Fang, on ne dit pas à la fin que c’est une blague. Le but est de perturber le quotidien des gens, d’attirer l’attention par de l'exceptionnel, de déséquilibrer le superficiel, de provoquer des réactions. Plus l’un s’indigne, plus le Fang brille. Un art performance qui habite Caleb et Camille. Leur vie est une œuvre dans laquelle malgré eux, Annie et Buster (leurs progénitures) sont des éléments qui intègrent cette recherche de l’excellence artistique. Les parents vont tellement loin dans leur délire. Qu’est-ce d’autres ? Qu’ils vont jusqu’à nommer leurs enfants : enfant A (pour Annie) et enfant B (pour Buster).

Le livre est coupé de scènes qui portent le titre d’une œuvre d’un auteur connu. Attention ! Si le lecteur ne sait pas à quel auteur correspond le titre de l’œuvre cité, il devra le chercher lui-même. Car la référence n’est pas citée… Par exemple : Une scène qui a eu lieu en 1985 a pour titre « Portrait de femme ». Sur le net, et pour autant que ce soit le bon choix, le chercheur curieux remarquera que cela correspond à une œuvre d’Henry James (1881). Dans le roman de K Wilson, c’est une scène où Buster est censé gagner un concours de beauté féminine. Pour ce faire, il devra se déguiser en fille. Le rapport entre le titre de l’œuvre choisie pour la scène et la performance artistique des membres de la famille FANG s’arrête là… En tout cas pour celui qui ne regarde qu’en surface, ou pour le néophyte. Ou alors, le contenu des œuvres citées n’a absolument rien à voir avec le contenu des scènes organisées par les parents Fang…

En parallèle, on découvre la vie d’Annie et Buster devenus adultes. Elle, elle est l'actrice un peu naïve qui accumule les bourdes pour le plaisir des journaux à sensation. Elle est accroc à la bouteille. Lui est devenu écrivain, journaliste-pigiste. Il s’ennuie avec ses articles dont ils considèrent les sujets pompeux et il ne connaît pas de grand succès littéraire depuis la publication de son dernier bouquin. Plus aucun des deux ne vit chez leurs parents. Ils n’en sont pas plus heureux pour autant. Pour Annie les aléas d’un tournage prennent des proportions invivables. Elle est manipulée par l’un ou l’autre opportuniste, sa vie est un foutoir. Buster doit se rendre au Nebraska pour un article qui traite d’un passe-temps particulier auquel s’adonnent d'anciens militaires qui avaient été engagés en Irak. Bref, comme d’habitude Buster aurait préféré être ailleurs comme chaque fois qu’il doit se rendre quelque part. Il préfère toujours être ailleurs. Tous les deux sont victimes d’une addiction aux scènes qui ont accompagné leur enfance. Ils chavirent entre le manque et le dégoût, l’exaspération et la résignation. Ils dépriment devant l’ennui et la vie d’autonomie qui ne les libère pas autant qu’ils auraient pu le croire. Tout va si mal pour ces deux-là qu’à un moment donné ils décident de retourner dans la maison familiale. Le calme supprimera ainsi la pression des faux semblants et favorisera la remise en question personnelle et tout le tintouin. Les nouvelles résolutions commencent à se dessiner et...

Le coup de théâtre surgit. Les parents disparaissent… Est-ce encore une scène manigancée par Camille et Caleb ou juste une vraie disparition ? Affaire à lire.

Dans un décor minimaliste, l’auteur nous ouvre les portes de l’ironie. Il est d’une grande inventivité. L’idée est très subtile et comique. Troublante aussi, de par les proportions extrêmes que peuvent prendre la place de l’art dans la vie des gens. L’originalité gagne à être partagée. Le dénouement semble toutefois un peu expéditif. L’évolution de l’histoire et les scènes auxquelles le lecteur s’habituera créent une attente. Celle d’un happening époustouflant, dérangeant, inattendu. À la FANG ! Cela n'enlève pas le plaisir de cette lecture rapide et d'une grande fluidité.

L’art a-t-il ses limites ? Tout est-il possible au nom de l’art ?

Vous connaissez beaucoup d’exemples… Vous avez peut-être même connu personnellement des artistes fous. Des morts prématurément ou de vieillesse, ou des vivants. Moi, à part Vang Gogh et son oreille. Il paraît que l’extravagance de Dali marqua du monde. Il y a eu aussi le suicide de John Kennedy Toole… Et Lady Gaga tient. Sacré concept ça…

Combien d’autres avant et aujourd’hui ont vénéré/vénère encore l’art au-delà de leur existence ? Ils aiment/ont aimé l’art à la folie même si la folie a/avait l’art de l’exagération

« Je disais toujours à mes étudiants… à tout artiste se montrant un tantinet prometteur, qu’ils devaient se dévouer corps et âme à leur œuvre. Ils devaient ôter tout obstacle à la réalisation de cette chose fantastique vouée à exister. Je leur disais que les enfants tuent l’art. » (p259)

 

Kevin Wilson

Le premier ouvrage de l’auteur est un recueil de nouvelles qui s’intitule « Tunnel au centre de la terre » paru en 2009. Récompensé par le prix Alex de l'American Library Association et le Prix Shirley Jackson. « La famille Fang » publié en 2011, son deuxième ouvrage, est un livre qui est apparu dans le top 10 des bestsellers sur plusieurs listes émanant de prestigieux magazines américains. L’auteur est professeur adjoint d’anglais à l’Université du Sud dans le Tennessee. État où il vit actuellement avec sa femme et leurs enfants.

 

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Site de Kevin Wilson

 

 

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