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La fête du siècle (Niccolò Ammaniti)

Publié le par ChrisMo

fêtedusiècle

La fête du siècle (février 2013 chez 10/18)

Che la fiesta cominci (2009/Giulio Einaudi- 2011/Robert Laffont)

 

A Rome, de nos jours.


Fabrizio Ciba, écrivain à succès, la quarantaine, homme à femme ou adepte de la « jambe en l’airisme », perd de sa notoriété. Un rival brillant de vingt ans plus jeune, lui vole une grosse part de son succès. La frustration l’envahit. Il est lentement laissé de côté par son éditeur car il perd de son cachet. Pour Fabrizio c’est ignoble, il est en rage quand il sait qu’il est comparé à une nonne qui vend des livres de recettes de cuisine. C’est une insulte qui demande réparation, le gant est jeté. Son charisme suffira-t-il à retourner la tendance en sa faveur lors de la Fête du siècle ?

A côté de cela, dans la même ville, apparaît les enragés d’Abaddon, une secte sataniste sans valeur. Une petite bande transparente devant le groupuscule concurrent « Les fils de l’Apocalypse » de Kurtz Minetti. Le leader des enragés, Fabrizio Moneta alias Mantos, un soumit, un vendeur de meubles pour son exécrable beau-père, marié à une femme castratrice écœurante, père de jumeaux en bas âges, est surmené, voir dépassé, par tout. L’organisation de son groupe secret composé de, lui comprit, trois autres personnes inefficaces et rock n’roll démodé : Zombie, Murder et Silvietta. Mantos  approche le stade du pétage de plomb. Il découvre alors, la jouissance que procure la possibilité de dire « non ». Ce qui libère son inspiration et le pousse à orchestrer un coup énorme qui lui permettrait d’être respecter de tous. Le sectaire fou et sa clique trouvent par inadvertance le moyen de se joindre à la fête du siècle. L’heure de gloire approche.

La fête, encore et encore. Et du siècle en plus. Précipitons nous à rejoindre le tapis rouge pour gratter l’un ou l’autre sourire. Car de rire, vous ne serez pas épargné. Plus comique qu’à pouffer de rire, bon ben là, c’est en fonction du degré de réception de l'humour qu’insuffle un artiste. Tout le monde ne rigole pas aux mêmes blagues…

Les deux invités, malgré eux quelque part, se retrouvent à la fiesta l’esprit revanchard, empli d’animosité pour des raisons qui ne se rejoignent pas toujours et même proche du grand écart.

Tout est en légèreté, à l’humour décapant, ironique à souhait. Une vraie blague géante avec des scènes cocasses, farfelues et des situations catastrophe qui s’enchaînent. Le lecteur s’amuse, c’est obligatoire, secoué par le dynamisme présent dans chaque instant. L’écriture voltige en tout sens, osée, sans barrière, imaginative et bien dosée sur l'humour, sans exagération. Si ce devait être un film, le rôle de l’écrivain, Ciba, serait taillé pour Roberto Benigni.

Il y a un amas de situations impromptues qui étire les rides au point de les figer sur le visage. Le lecteur prit sur le fait par un voisin, dans un bus bondé en route pour un centre-ville quelconque, serait fusillé du regard. À voir le lecteur souriant constamment, le voisin grincheux se demanderait comment peut-on lâcher un bêta dans la nature, toujours à rire bêtement alors qu’il n’y a rien de drôle, qu’on l’enferme. Ce serait une place de gagner dans ce bus qui en manque considérablement, ce matériel roulant qui n'est qu'un gros filtre ne filtrant rien et étouffant les passagers d’odeurs immondes de transpiration un jour d’été très corsé. Mais comment ne pas être cet imbécile heureux présumé ? Lorsqu’un lecteur se retrouve avec une histoire dans la main (ou en mémoire), dont des images d’un genre de festival de Canne (sauf que c’est à Rome dans la prestigieuse villa « Ada ») qui se métamorphose en phénomène sismique (et où la St Barthélémy sonne comme une berceuse à côté), tourne en boucle dans ses pensées. C’est une sorte de « Scary movie » lâchée dans un « Jurassik park » sans les dinosaures.

Sans répits, vous l’aurez compris.

Pas de place pour la honte, vous vous souvenez le lecteur dans le bus…Il s’en fou, il aime. À ce niveau-là, c’est même insignifiant. Par contre dans ce livre, Ciba est en conflit avec sa société aguicheuse et énervante, avec lui-même aussi, il rejette l’exubérance et s’y noie impuissant. La honte oriente ses mouvements, ses choix. Sa honte est un gilet par « apparence trompeuse » inefficace. La crainte du ridicule ou de l’indécence le turlupine. L’auteur démontre qu’il n’y a plus de honte dans la décadence. À un certain stade, elle disparait. Pourquoi s’en faire ? Être respectable, pour quoi faire ? Être exemplaire pour vendre des bouquins, des films…

« Ce que tu appelles ces moments de honte, ce sont des éclairs de splendeur médiatique qui donne du lustre à ton personnage et te rendent plus humain et sympathique. S’il n’existe plus de règles éthiques et esthétiques, les moments de honte périclitent en conséquence. » (p206)

Au-delà des regrets, l’envie ou l’amertume de chacun devant une fiesta mielleuse et exagérée. C’est avant tout une ode au ridicule qui ne tue point sauf dans le roman. Un contre argument au gaspillage d’intelligence. Une très belle comédie, l’horreur y est risible, quelques scènes de sentimentalisme à considérer comme la pause du lecteur dans ce chaos. C’est une sucrerie acide, de celle qui vous bloque les zygomatiques après une ou deux succions.

Il ne faut pas tout ramener à l’excentricité et la folie servie par une élite ou des chanceux privilégiés ou encore au seul ex-futur-ex premier italien. Des milliardaires, politicards du genre capricieux, manipulateur et égocentrique, des « VIP » qui se nourrissent de copinage frauduleux ou stérile de vraisemblance, il y en a dans chaque pays avec autant de villas « Ada » que de personnes qui ont faim. Oui la connerie du pouvoir de l’argent, de ce qu’il apporte, de la recherche de reconnaissance illusoire (inculquée dès le plus jeune âge) et passagère d’une société nauséeuse. Société dans laquelle le temps déprime par sa rapidité inébranlable.

Quand la fièvre est passée, la normalité reprend son cours. L’éphémère comédie se brise ici et naît là-bas. Ainsi est la nature humaine inapte devant ses inventions. La consommation, le progrès, la rentabilité… Faut-il s’indigner, se résigner ? Aucun des deux n’a de chance de réussite. Par contre tempérer autant que possible. Et puis sauve-qui-peut quand les eaux tumultueuses ravagent et nettoient tout sur leurs passages…

Un très bon moment de lecture satirique. Pour qui a envie de se changer les idées en toute légèreté. Bienvenue à Rome pour une détente amusante aux frontières du paranormal et du thriller. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'ai bien dit aux frontières du...

Site 10/18

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Bouquinovore 02/03/2013 11:29

Merci pour le partage et bonne chance pour le concours!

ChrisMo 02/03/2013 11:30



Salut,
Merci pour ce gros concours ! Cross the finger


;)