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La théorie des ombres (Aden V. Alastair)

Publié le par ChrisMo

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La théorie des ombres

Aden V. Alastair

Editions Ex-Aequo (2013)

 

Un thriller historique qui se déroule à l’époque de la présidence de Barack Obama/USA, entre 2008 et aujourd’hui. Un roman à l’allure d’un Dan Brown (on parle beaucoup de lui ces temps-ci avec « Inferno »), où il en ressort une enquête menée par plusieurs personnages brillants dans un monde occulte.

Un agent du FBI Memphis Thorndahl (le métis du ghetto rongé par les émeutes du Bronx de 1992), Gary (un ex-pilote militaire anglais aux cauchemars mystiques), Sarah et son tuteur (deux historiens français de Carcassonne), et enfin des voleurs appartenant à un groupuscule néo-nazi…

Comment cet assortiment va-t-il se mettre en place ? Comment vont-ils tous être mis en relation ?

Sous forme d’une course poursuite à travers la France, L’Italie et les États-Unis, au parfum d’ésotérisme, de symbolisme, de suspens, et de tout ce qui construit un bon roman du genre. Avec cependant le côté commercial en moins (cf. comparaison de budget marketing entre une grande et une petite maison d’édition). Disons-le encore et encore, la course folle à la consommation a provoqué une altération de la lecture, devenue ainsi la LGV (lecture à grande vitesse). C’est le genre de détail qui peut faire de l’ombre à un auteur comme Aden V. Alastair dont le livre apporte une approche plus approfondie, plus lente, plus portée sur la réflexion. Le défi est rude à relever. Il s’agit d’être crédible à tout point.

Ce livre à tout pour plaire. Mais, à sa charge, autant le dire tout de suite et cela va sembler paradoxal, c’est très bien documenté ! Trop !

Sur plusieurs époques (ça va de l’Égypte ancienne, à la Grèce antique, au moyen-âge et à la Seconde Guerre mondiale), en évoquant une pléthore de sujets:



sur la question alchimique (Hermés Trismégiste, fondateur de l’alchimie, personnage mythique de l’antiquité gréco-égyptienne, à qui est attribué un ensemble de textes/42 volumes à caractères mystico-philosophique),


religieuse (l’inquisition du 13e siècle sous le Pape Innocent III qui poussa jusqu’à l’éradication des cathares (hérétiques, mouvement chrétien médiéval, anticléricale, libre, non violent) à Montségur et Carcassonne… peut-être pour mettre la main sur leur secret gardé : une vérité trop importante pour être dévoilée au grand publique et qui porterait préjudice aux fondements de l’Église catholique),


philosophique (Giordano Bruno philosophe et poète, pour illustrer voyez la statue représentée sur la couverture du livre, celle-ci se trouve sur une place de Rome en mémoire du sort de Giordano, brûlé vif pour hérésie en 1600. Il a inventé un système de mémorisation et de décryptage de codes convoités),


alchimie (la fameuse pierre philosophale qui apporterait la vie éternelle),


la question de l’intérêt de H.Himmler pour l’occulte et la recherche archéologique dans le but de prouver la supériorité de la race arienne…


En somme, c’est une quête de vérité, la recherche d’un Graal, l’élaboration de liens plausibles ou avérés entre des penseurs et leurs influences sur les modes de pensées depuis des millénaires.

Voilà donc le mais ! La surexposition historique. Les extrapolations théoriques, bien qu’elles soient clairement expliquées en 300 pages seulement, fusaient. Par moment on se perdait un peu, même si les idées partagées sont d’une grande importance. Mettre tous ses œufs dans le même plat est un gros risque. Le fil conducteur, heureusement, c’est l’enquête. La bouée qui permet de suivre l’histoire jusqu’à son terme. Celui qui voudra le lire, devra prendre son temps car ce n’est pas un « page turner » (même si il y a beaucoup de chapitres, 30). Dans le cas contraire, un connaisseur passionné n’en fera qu’une bouchée.

Ces bémols susmentionnés prennent le pas sur l’intrigue qui devient un peu carrée et qui finalement manque de surprises. La relation qu’entretiennent certains personnages (lors des dialogues par exemple) devient caricaturale, timide. Pour la première moitié du livre en tout les cas. Le croisement entre les faits de manières directs, sans transition, c’était justement ces moments là où il aurait été intéressant de trouver un repos des sens, un vécu de personnage, la circonstance d’une rencontre, un choix de vie où parler d’un manque ou d’une aspiration, le détail qui semblerait anodin mais qui ferait office d’alliage entre deux faits distincts, ect ... Pour le reste du schéma, un objet disparu, un ou deux groupes d’illuminés qui veulent s’approprier l’objet, des historiens chercheurs à la Robert Langdon, une police un chouia en filigrane, un complot prévenu dès le début le rend moins surprenant et attendu à la fin. La fin explosive laisse un peu sur le bas côté le pourquoi des recherches et l’issue qu’apportent ces théories avancées avec insistance tout au long du récit.

L’aspect relationnel et intimiste tant convoité apparaît en seconde partie du roman (à partir du chapitre 22). On retrouve cette espèce de transition reposante qui permet aux curieux lecteurs de s’immiscer dans la vie d’un personnage au risque de l’apprécier.

Très fouillé au détriment du côté haletant que le lecteur pourrait attendre d’un roman de cette poigne. Des scènes d’actions apportent un peu de souffle au texte mais n’aère pas suffisamment l’ensemble sauf sur la deuxième partie à l’approche du dénouement. Là se sera le divertissement complet avec coup de théâtre à la James Bond, préparez civières et pansements.

Malgré cela, même si l’impression paraît hyper pessimiste, il faut souligner à plusieurs reprises, l’audace et l’intelligence de l’idée, la maîtrise du sujet et la concision du décor. La multitude de liens possibles, la finesse avec laquelle l’auteur à la capacité de balader le lecteur et de tout rassembler en si peu de pages. C’est écrit d’une plume précise, active et passionnée.

Une chose est certaine, l’auteur a un sacré bagout, un érudit pur. Rien que pour cela,  et pour le plaisir de partager ses connaissances avec une grande simplicité évidemment, on peut se douter à ce que quelque chose d’épicé soit en attente sur le grill.

C’est son premier roman. Il éveille la curiosité et c’est ce qui compte. N’est-ce pas ?

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Aden 08/06/2013 16:14

Merci pour cet article. C'est la chronique la plus "critique" de La théorie des ombres publiée à ce jour, mais c'est justement ce qui la rend intéressante à mes yeux.

Je confirme que j'ai plusieurs projets "sur le grill" (à différents stades de cuisson). Mon deuxième roman est presque achevé et le troisième est bien avancé également. Cependant, je préviens de
suite que ce ne sont pas des thrillers et ces romans n'ont pas grand-chose en commun avec mon premier. Restez à l'écoute !

à bientôt
Aden

ChrisMo 08/06/2013 16:46



Merci beaucoup pour votre réaction. J'en suis très honoré.
Il est certain que je resterai à l'écoute ;-) 



jean 04/06/2013 12:24

Coucou Christophe,

Je te dis merci pour cette belle et très complète chronique dont je sais que tu auras éprouvé des difficultés à la rédiger. Pas facile d'écrire un livre mais écrire une chronique bien équilibrée,
la plus objective possible, n'est pas chose aisée non plus. Et il est vrai que Aden V. Alastair est un érudit modeste. Amitiés. Jean.

ChrisMo 04/06/2013 12:29



Salut mon ami Jean !

Comme tu dis, j'ai laissé de côté un moment avant de proposer un commentaire. Pas évident quand c'est du texte très riche. J'ai touché la surchauffe he he he ! En tout cas merci pour cette
découverte intéressante.

A très bientôt. Amitiés