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Le temps de la prophétie (S.J.Parris)

Publié le par ChrisMo

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S.J. PARRIS

Le temps de la prophétie (2012)

Prophety (2011)

Il est temps, c’est inévitable. C’est annoncé depuis des siècles. Que dis-je, depuis les textes (des traités mystico-philosophiques) « Hermetica » d’Hermès Trismégiste, sous l’antiquité gréco-égyptienne donc... Mais cela, ce sera au brillant philosophe Giordano Bruno de nous le confirmer, lors des ses prochaines pérégrinations. À ce titre, voici une de ses aventures. La deuxième, juste après « Le prix de l’hérésie » où il côtoya déjà une partie d’un secret caché. Un élément d’une révélation.

C’est l’époque où il pleut du mystique. Un brouillard d’ésotérisme s’immisce dans chaque recoin de la ville de Londres du 16e. De la cour la plus basse et boueuse à la plus haute débordante de richesses scintillantes. L’humidité religieuse s’installe partout. Les gouttes d’eau protestante se frayent un passage. Le feu de chaumière politicard à la recherche d’attention brûle à plus ou moins forte intensité dans les demeures. L’air respiré est devenu contagieux pour le quidam qui traîne le pied de ce côté de la manche. Atteint par cette atmosphère, qui dégage en lui un taux de pénétration de cupidité agrandie selon son niveau de croyance, il sera soit protestant, soit catholique.

Un meurtre d’une adolescente, demoiselle d’honneur de la reine Élisabeth (l’hérétique pour les partisans de Marie Stuart, sa cousine catholique, et défenseurs du Saint-Père romain), assombrit le ciel de la ville et celui de la cour royale. C’est un signe. La rumeur n’est plus, c’est devenu un fait avéré. Des marques ont été laissées sur le corps de la victime. Le danger guette. On chuchote que la prophétie annonce de mauvais jours pour la reine et que c’est le signe de la fin du monde. Miséricorde, c’est une punition. L’impie doit céder la place à une âme sereine et pure qui porte la croyance divine en son sang. Marie Stuart. Ses serviteurs, ses représentants manigancent, complotent. Les conseillers de la reine sont sur la défensive, leurs espions ont du fil à retordre. Et pourquoi le roi d’Espagne Philippe et le frénétique duc de Guise s’intéressent-ils à cette histoire ? Pourquoi l’ambassade de France est-elle également à la première loge ?

C’est dans cette ambiance complexe que Bruno Giordano doit démêler les trames secrètes qui fusent de toutes parts. Afin de non seulement démasquer un meurtrier. Afin de protéger la reine Élisabeth, les intérêts de la France sous Henri III. Afin d’approfondir la prophétie, de la déjouer ou de la comprendre si possible. C’est un savant qui cherche la quête de la vérité remontant jusqu’à Hermès Trismégiste, un scribe qui laissa une trace dans un livre codé. Un livre que Bruno traque sans cesse depuis des années. Est-il le seul ? Une intrigue supplémentaire. Il déduit, enquête, se pose des questions sans cesse, insatiable de raisonnements. Sa sécurité est malmenée. La paranoïa lui caresse l’échine. Trouvera-t-il sa voie, lui l’ancien moine excommunié de Rome ? Devenu un renégat pour sa prise de position. Il doit sacrifier de son temps réservé à son livre et ses recherches (dont le résultat pourrait avoir un impact dépassant les théories avancées par Copernic). Car, pour l’heure, c’est le temps de la prophétie.

+ : Le talent frappe. Une connaissance approfondie et minutieuse du milieu. C’est le travail d’une érudite. Une composition dense, très riche. Renforcée par l’usage d’une intrigue réussie, par la poignée de personnages snobs et manipulateurs, par la maîtrise du contexte historique. La difficulté augmentée par des complots manigancés par les hautes sphères internationales, par les arguments géopolitiques influençant les folies des grandeurs, par l’espionnage, par la paranoïa individuelle et collective. Comme si cela ne suffisait pas, l’ésotérisme approfondit le mystère. Un roman très ambitieux. Chaque détails est aiguisé aux plus fins. C’est impressionnant. Une écriture infatigable. Où le contexte exige de l’élégance, de l’intelligence dans les propos tenus par les personnages. L’esprit de déduction et le mensonge dominent. Quelques actions physiques, en plus d’accélérer le côté descriptif et ravivant l’argumentaire intense, apportent une bouffée d’air dans ce remue-ménage psychologique.

— : La convenance, l’élégance, l’apogée de la bourgeoisie est bien mise en avant. Les incartades que se permettent les courtisans avec les demoiselles d’honneur semblent être la récréation dans un monde ou tout n’est que présentation et attitude convenable. Ce côté-là était un peu trop long, le plantage du décor ralentissait la lecture. Les descriptions auraient pu être allégées par moment. (Je pense à une fuite qui a lieu dans les rues de Londres où donner le listing des rues empruntées alourdissait l’action). Pareil pour les dialogues et les réflexions personnelles des personnages. Abréger les paroles ou pensées de l’un où l’autre passage n’aurait pas nui à l’importance du détail et de la profondeur des individus.
L’incursion dans le 16e et dans les personnages est indéniablement parfaite. Les interactions sont fortes. Et justement, il n’était pas toujours nécessaire d’insister sur le décoratif ou le questionnement.

La tension s’en voit un peu effritée à cause de cela. Et enfin, j’ai trouvé que Giordano Bruno avait beaucoup de chance, trop souvent, lorsqu’il devait se sortir de situations délicates.

J’ai été séduit par cette découverte. Un travail d’orfèvre. Prenez le temps de la prophétie…

10/18 Editions

S.J. PARRIS chez 10/18 :

Le prix de l'hérésie & Le temps de la prophétie sont disponibles en poche

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