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Les partenaires (John Grisham)

Publié le par ChrisMo

lespartenaires.jpg

Les partenaires (2012)

The litigators (2011)

Chez Pocket en avril 2013

 

Vous souvenez-vous des films « La firme » de Sydney Pollack avec Tom Cruise et Gene Hackman ? Et de « L’affaire Pélican » d'Alan J. Pakula avec Julia Roberts. C’était dans les années '90. Des bombes qui restent ancrées dans les mémoires au point que chaque fois que des lecteurs entendent ou aperçoivent le mot « Avocats », des clichés d’un de ces deux films leur viennent en tête instantanément. Il y a d’autres projections connues comme « L’idéaliste », « Le client », « Non coupable » et « Le maître du jeu ». Le choix est facile. C’est presque aussi évident que de connaître la marque des noisettes enrobées de chocolat recouvert d’une couche sucrée de bleu, jaune, rouge, vert et brun. Les « M&M’S ». Ce n’est pas une parole de cinéphile, ni de défenseur de fabricant de bonbons. Une affirmation basée sur des souvenirs poussiéreux où j’ai eu l’occasion de voir une rediffusion d’un des films cités plus haut à la télévision.

Tout cela sans savoir que l’auteur à l’origine de ces fabuleuses histoires était le célèbre John Grisham. C’est dire, l’impact des œuvres de l’auteur depuis la fin du siècle dernier. Le talent paye, les groupies abondent, les férus se bousculent. Mais pourquoi donc ?

Les histoires juridiques suscitent toujours la curiosité. C’est le jackpot si des grosses sociétés au monopole ancré dans tous les domaines, si les vicieux pouvoirs dirigeants le monde ou juste un gros pays, sont mis à mal à cause de leurs méthodes sans scrupule.

Résumé du livre (quatrième de couverture/RL) :

« Comment David Zinc, 31 ans, brillant avocat dans un prestigieux cabinet d’affaires de Chicago, a-t-il pu se retrouver employé chez Finley&Figg, un cabinet juridique minable ?... Oscar Finley et Wally Figg. Depuis vingt ans, ces deux-là se chamaillent pour faire tourner leur boutique d’arnaques miteuses. Mais cette fois-ci, c’est sûr, ils sont sur le coup du siècle : ils attaquent en justice le géant pharmaceutique Varrick , le nouvel anticholestérol (le Krayoxx) est accusé de provoquer des infarctus. Enfin, le grand jour arrive ! Mais au procès, tout déraille. Et David se retrouve seul pour plaider la première grosse affaire pénale de sa carrière. »

Les combats de David contre Goliath soulèvent les cœurs, gonfle les veines, accélère le flux sanguin. Les témoins de ces affrontements applaudissent. Les témoins, des curieux qui ont l’impression de participer à un combat auquel ils ne sont pas conviés. En lisant ce type d’aventure, les lecteurs ont l’impression de participer au bouche-à-oreille et de dénoncer quelque chose. Ce qui augmente le plaisir de lecture. D’autant plus que c’est un style très allégé, des scènes rapides, un décor minimaliste, sans trop de détail, une profondeur des personnages à la bonne dose, une construction souvent identique. Le point fort est la maîtrise du fonctionnement du système juridique, le contenu d’une audience, les avancées ou coup de griffes, les coups de théâtre, le gain ou la perte d’un procès. L’enrichissement qui met en avant le fameux rêve américain et son contraire, le cauchemar américain, l’endettement et la chute dans la misère. Tout cela tourne autour d’un ou deux sujets principaux choisis dans la multitude des phénomènes de sociétés. Les jouets, les médicaments, accidents, traite des êtres humains… En gros tout ce qui rapporte un paquet de fric. La santé et les injustices sont l’essence qui permet ... et les prétextes pour…

+ : Ce qui m’a permis d’aller au bout. Ce n’est pas l’affaire en surface, sensée nous détourné des à côté. C’est justement, le rajout des affaires en parallèles. L’affaire du plomb dans les jouets, le travail non déclaré et l’exploitation de travailleurs immigrés. Ces voies sont exploitées très simplement, très bien organisées, avec sérieux. Contrairement au cas principal médiatisé, qui est un fiasco pour les plaignants : les conséquences de l’utilisation d’un médicament (le Krayoxx) qui serait néfaste pour le coeur. D’autres points de vue m’ont amusé : Oscar Finley désireux de divorcer depuis belle lurette, spécialiste en la matière, perd le Nord quand il s’agit de son propre cas. L’ambiance familiale du cabinet où l’atmosphère est nourrie de chamailleries de vieux couple. Une écriture très claire, grande facilitée de lecture, quelques pointes d’humour.

- : David Zinc et Wally Figg sont de gros clichés qui ne m’ont rien apporté. Le premier, laisse tomber un boulot étouffant très bien payé pour une place sous-payée, mais trouve la liberté et la réussite (comme par enchantement, sa femme tombe enceinte en une semaine alors que les années précédentes, à cause du nombre énorme d’heures prestées pour le bureau, ce n’était pas possible). Wally, le coureur de jupon, abonné aux AA, un gamin opportuniste (malgré sa quarantaine) et naïf qui flambe même quand il n’a rien. Son attitude est la source de l’enlisement du bureau dans le marécage. Ce qui ressort le plus, c’est: bonne école donne bons avocats irréprochables avec réussite assurée, diplôme en main. Le contraire, un rêve ridicule. Et enfin, un rappel répétitif sur les sommes d’argent en jeux, où tout le monde se met à rêver. Encore une histoire de réputation et de chiffre.

Le danger en écrivant des bouquins à suspens juridiques, c’est d’être redondant, répétitifs sur les scénarios. Ce n’est pas parce qu’un procès est différent, dans une ville ou un pays différent, avec de nouveaux personnages que c’est du neuf. Cela ressemble fort à du « Tunning de voiture ». On en prend une qui a gagné une course, on repeint la carrosserie à plusieurs reprises pour chaque nouvelle course. Ce n’est pas pour cela qu’elle gagnera une étape à chaque coup. Il y a toute une mécanique à entretenir et des pièces à modifier tout au long de la compétition. Pareil pour le livre. La surprise n’est plus nouvelle, les coups de théâtre doivent changer, si tout reste pareil, le lecteur n’est plus aussi surpris. Même si le bouquin ressemble à une belle bagnole dans son ensemble… Une histoire écrite avec talent. Mais avec une vieille sauce. Donc, désolé, mais, même si c'est divertissant et que les fans jubileront certainement en lisant son dernier ouvrage, je trouve que ce livre est du remâché. À prendre avec des pincettes, je me base sur deux films vus pour sortir l'argument (ça pourrait être valable avec les autres films, mais je ne les ai pas vus). Je trouve que la perche était tendue grossièrement pour lier « Les partenaires » à « La firme » et « L’affaire Pélican ». Le premier étant un mélange des deux autres.

Il y a une sensation qui se maintenait. J’ai eu l’impression d’être devant un cas d’école où il s’agissait d’une tentative d’écrire pour que ce soit un jour projeté à l’écran. L’essentiel n’étant pas la profondeur des choses, mais l’intérêt qu’elles pourraient susciter pour le cinéma. Un maximum de simplification où tout se mise sur une intrigue facile, commercialisable, plus que sur son intérêt littéraire, sur sa richesse de l’histoire. C’est souvent dans ce type d’ouvrage (par exemple avec « Le passager » de JC Grangé et il y en a une tonne d'autres, faites votre liste) où ce sont des ficelles faciles qui sont utilisées pour débloquer une situation. La précipitation. Le plus important est l’ensemble rapide obtenu, plus ou moins crédible, minimisant les erreurs. Par exemple, des personnages très imagés ou tout le monde peut se reconnaître, le sauveur, la tête brûlée, le grand méchant, et le petit gentil. Des bouquins où tout semble aller très vite, mais décortiquer, l’effet est moins agréable. Malheureusement, tout cela diminue l’intelligence d’une idée très intéressante au départ. Dans « Les partenaires », il y a eu une superbe contre argumentation (en deuxième partie du livre environ), dont l’effet n’a pas fonctionné. C’est attendu dans ce genre d’ouvrages. Il y a eu une tentative de proposer un coup de théâtre qui donne la sensation d'un réveil soudain. Une intervention intelligente, mais qui semble apparaître comme par miracle dans la bouche de l’avocat (David Zinc) qui prend la parole. Sans signes avant-coureurs, une espèce de révélation. Même si, au final, il passe pour un personnage qui sera brillant et exemplaire tout le reste de l’histoire. Le sauveur est trop bien pour être crédible.

Néanmoins, même si je ne suis pas fan. J’ajoute que celui qui aime le genre « suspens juridique » y trouvera son compte. Sans ennui. L’auteur vous lance dans une aventure humaine parfois dramatique, parfois comique, dans laquelle la curiosité devrait vous houspiller et vous pousser à accélérer la lecture afin d’en connaître le dénouement.

 

EDITIONS ROBERT LAFFONT link

 

Editions Pocket link

 

 

Commenter cet article

Foumette 09/03/2013 10:49

J'apprécie beaucoup cet auteur mais je t'avoue que je m'en suis un peu lassée... cela fait un moment que je n'ai rien lu de lui, "L'associé" est dans ma pal...je le lirai le moment venu. J'ai
découvert une auteure de thriller judiciaire, Laura Sadowski, elle me comble tellement que j'ai fait l'impasse sur Grisham. Biz

Jean 06/03/2013 14:39

Bonjour Christophe,

Ce n'est qu'au bout de cette excellente et très complète chronique que j'ai vu qu'elle avait été écrite de ta main. Ils doivent être rares celles et ceux qui ne connaissent pas Grisham. Pour ma
part, comme tu le dis toi-même, La firme et L'affaire Pélican résonnent davantage à mes grandes oreilles que les romans éponymes.
Une chose est certaine: L'acheteur - s'il a lu ta chronique - ne pourra pas dire qu'il ne savait pas. Du très bon boulot, Christophe. Amitiés :)Jeab.

ChrisMo 06/03/2013 15:41



Merci pour ton amitié et tes avis sincères, Jean.
Comme toujours ;)