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Monstres à l'état pur (Miguel Angel Molfino)

Publié le par ChrisMo

MAMolfino

Monstres à l’état pur

Miguel Angel Molfino

Éditions Ombres Noires (2013)

 

À mi-parcours de ma découverte littéraire, j’avais conseillé de ne pas hésiter à lire « Monstres à l'état pur ». Je cite : « Le titre dit bien ce qu'il veut dire. Âme sensible, je vous dirais que ce n'est pas un massacre à la tronçonneuse, c'est beaucoup plus vicieux. » De ce côté, je maintiens mon point de vue évidemment. Néanmoins, j’émets une réserve concernant la suite des événements.


L’histoire se passe à Estero del Muerto, dans une bourgade perdue qui vit au rythme des récoltes de coton. On se situe dans le nord de l’Argentine à proximité de la frontière paraguayenne, dans la Province du Chaco.


Les éléments décoratifs principaux sont une gare, une vieille pompe à essence, et son petit commerce de détail « La Agricola ». Le tout, en plus d’être poussiéreux et jaunâtre, gît sous une chaleur intense, dans une ambiance déprimante. Lieu où la vie est difficile pour les paysans et les commerçants. Il ne manque plus qu’un son d’harmonica pour parfaire le style western. Encore mieux, j’avais l’impression de me retrouver dans un épisode où, un cavalier qui surgit hors de la nuit ; cours vers l'aventure au galop ; son nom, il le signe à la pointe de l'épée
d'un Z qui veut dire Zorro. ZORRO ! ZORRO ! (La chanson :-@ )


Miro Hordt, diminutif de Miroslavo, fils de paysan, est un adolescent fébrile atteint d’un trouble de la personnalité devient le témoin du meurtre de ses parents. Il fugue. Il devient un fugitif. Sur la route, il rencontre non pas Neal Cassady, mais bien Hansen, un trafiquant d’armes. Pendant que ce grand gars initie le petit au métier, un ripou Velarde Evaristo mène l’enquête et se rapproche. L’animation sordide réveille le village. Il ne s’était plus rien passé dans le coin depuis le suicide d’un paysan victime de la grande sécheresse. C’était il y a une quinzaine d’années. Il n’en fallut pas beaucoup pour que la crainte et les rumeurs poussent la chansonnette. Pour nourrir l’intrigue, un braquage énorme se prépare. Maciel, un avocat véreux, est aux commandes de ce coup qu’il espère digne du grand banditisme.


Les personnages sont sympathiques et classiques (je n’ai rien trouvé de neuf. Je prends comme exemple l’allure des policiers : gros et dégueulasses). J’ai trouvé qu’il y avait une propension de personnes poids lourds plus importante que la moyenne dans cet ouvrage. Pourtant, ce n’est pas au Texas que cela se passe où la nourriture déborde des grills. On y trouve essentiellement un lot d’individus complètement barges et sans scrupules. Sauf peut-être la gentille patronne de l’hôtel en manque de câlin et les deux gros copains. Le chef de gare, l’ours qui tousse, et Giardinetti le gérant de La Agricola.


Au départ, l’auteur amène une intrigue finement structurée avec une écriture sombre, claire et pointilleuse. Abrupte et tendrement décorative (même si — précisément — deux pages de décoration intérieure sont présentées comme une liste d’objets visibles, n’étaient pas utiles. À ce titre, je crois me souvenir qu’un jour, un chroniqueur avait mentionné cela dans une émission pour un autre livre, une tendance actuelle générale en quelque sorte : aujourd’hui dans la littérature certains auteurs ont ce besoin de tout expliqué au lecteur aux détails près. Sans susciter une part de suggestion personnelle. Voilà, ici c’est l’impression que j’ai eue sur deux pages seulement. Ce n’est pas si grave, c’était pour ajouter un grain de sel). Pour la stylistique, Miguel Angel Molfino sort un atout, il jongle avec les phrases courtes et des plus longues en fonction des personnages (souvent dans les dialogues) ; il procède aussi à l’alternance de point de vue, il va d’un personnage à l’autre. C’est une méthode efficace, bien gérée qui renforce le désir d’aller plus en avant dans la lecture. Ce qui m’avait frappé de prime abord c’était l’écriture douce contredite et percutée par la brutalité. L’auteur joue sur les sensations. Il nous fait passer de la rêverie qu’impose la beauté de la région (comme Miro allongé sur le toit de son hangar) et nous perturbe avec des instants-chocs qui rendent l’endroit moins attrayant, voire glauque. Il nous présente la vie des gens simples, des faibles, des moins bien nantis qui s’enfoncent encore plus dans leur monde ennuyeux, fataliste, plus rude et plus dangereux. C’est un monde sauvage où le plus fort mène la danse à coup de flingue. Tous sont dans un trou sans lumières. Personnes n’y est à l’abri. C’est bestial et violent. Et malheureusement en partie. J’en viens à la tendance qui m’a un peu dérangé.


Donc, après une mi-temps qui promettait un premier livre redoutable et dont je vantais les mérites, on entre en deuxième partie intrigué, un peu dégouté et peut-être même avec une once de pitié pour les malheureux. On découvre la relation Milo-Hansen plus en profondeur (une centaine de pages du Ch17 au Ch28). L’ensemble se détend, c’est plus calme. L’enquête se poursuit, mais devient pratiquement absente de l’histoire. Tout est en suspension pendant ce moment de partage viril entre Milo et son nouveau guide. Tout est dans l’attente sans pour autant provoquer l’ennui du lecteur. Mais justement, sa curiosité a tellement été mise à mal au départ qu’il se jette sur les pages suivantes sans délicatesse pour assouvir sa gourmandise de cruauté. L’auteur décide de nous faire patienter. Vilain personnage… En vain. Au final, j’ai ri, eh oui ! J’ai trouvé cette seconde partie plus légère avec une digression plus comique que dramatique et immonde. Entre autres, il y a une scène décalée et très clichée dont je n’ai pas saisi l’intérêt de la placer (celle de la voyante). Même si elle était drôle. Si l’enquête a été mise de côté un moment, j’imagine que l’auteur nous l'a gardé pour une suite. C’est obligé, sinon j’aurai tendance à dire que l’histoire est incomplète.


Le quatrième de couverture dit, à propos de l’auteur : « Il est considéré comme le plus américain des romanciers argentins. » Cet ouvrage le confirme avec un lâché de « Bullets » à volonté, avec des images simplifiées de la confrontation entre le gentil fataliste et le méchant impitoyable.

 Emprunter une filière plus complexe sur le dénouement aurait marqué le coup. En somme, ce livre est un bon « demi-coup »… Dès que j’ai eu fini ma lecture, je me suis exclamé : Mmmm ! Presque ! Pourquoi a-t-il changé le style après m’avoir accroché les hameçons sur tout le corps en première partie ?

 

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