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Rage,Nuits noires...,Duma Key

Publié le par Christophe

Rage2Rage (1977)

Stephen King (Richard Bachman)

Action

C’est l’introspection de Charles Decker, un ado en terminal au Lycée de Placerville, un névrosé à l’estomac fragile, déconnecté, dans laquelle le lecteur s’immisce. Charles décide de remettre les choses en place. Question d’équilibre. Sa manière de s’atteler à cette tâche est catégorique et d’une efficacité troublante… Un garçon à l’intelligence très développée qui manipule et maîtrise très bien ses interlocuteurs.  Qu'est-ce qui a bien pu pousser un pubère à agir de la sorte alors que sa vie semble rangée ?

Réaction

Même si le thème principal semble être la facilité déconcertante à se procurer des armes aux États unis, il n’en demeure pas moins que l’adolescence secouée par une vision d’un monde violent est un autre sujet qui prend sa place sur le triste podium de l’hypocrisie. Car, que n’y a-t-il pas de plus baveux que de crier à l’indignation devant des actes de folies commis par des Jeffrey Lyne Cox (San Gabriel,1988) ; Dustin L. Pierce (McKee, dans le Kentucky,1989) ; Barry Loukaitis (Moses Lake, dans l'État de Washington, 1996) ; Michael Carneal (West Paducah, dans le Kentucky, 1997) et enfin Eric Harris et Dylan Klebold (Columbine High SchoolColorado, 1999) ? Quand on sait très bien d’où vient le problème, que tout a été mis sur le dos de troubles psychologiques de manière générale et qu’il y avait un bouquin « Rage » à proximité. Stephen king a pris la décision de ne plus autoriser de réédition après le massacre de 1999 à Colombine (source Wikipédia) 

Au lieu de se concentrer sur un problème réel, majeur, alarmant. Que s’est-il passé depuis les diagnostics, la dénonciation de l’accès aisé aux armes et l’arrêt complet de réédition de la publication de « Rage »…
 

T.J. Lane (Chardon, Ohio, février 2012) le dernier en date. Depuis Colombine , en 1999, pas moins d’une dizaine de cas, à savoir un chaque année s’est reproduit…

(Source : http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&type=skr&news=13624 et http://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_en_milieu_scolaire )

NO COMMENT ! Oui complètement hypocrite de crier à l’indignation….Évidemment, il n’est mentionné nulle part que les shrapnells distribués ont le soutien des cols blancs intoxiqués par leurs multiples élections qui coûte une masse. Des politicards dont les participations dans les trusts sont intouchables et gonflées entre autres par des pontes du contrôle du trafic d’armes.

Pour le livre lui-même. Les thèmes usités tournent autour des questionnements, des vérités courantes, des clichés toujours présents dans l’âge ingrat. Les parents ne sont pas épargnés. Les teenagers complexés. Les plus populaires de l’école. Les faux-semblants, le sexe et la violence. Les confidences et les révélations entre jeunes d’une même classe rendent la prise d’otage presque inexistante. C’est peut-être le procès des apparences qui nous est conté ici. C’est en somme une table ronde forcée dont le monde extérieur apparaît en filigranes.  C’est une fiction très réaliste, un autre genre d’horreur qui n’a pas eu besoin d’aller chercher plus loin qu’une école et des jeunes pour étaler une histoire consternante en peu de volume. Un roman incisif, intense. Un sujet qui excite la curiosité malsaine poussant presque au voyeurisme comme à chaque fois que les informations passent un flash spécial en boucle pour un évènement majeur. C’est le King en 1977, le début d’une légende du fantastique dont la carrière venait de commencer avec Carrie en 1974 et Salem en 1975.

"Il doit y avoir une ligne de démarcation en chacun de nous, une limite très précise, comme la ligne qui sépare la face éclairée d'une planète de la face sombre.Je crois qu'on appelle ça la ligne terminatrice.C'est bien trouvé comme expression, parce qu'à un moment, je perdais complètement la boule, et une seconde plus tard, j'étais froid comme un iceberg."

 

 

nuit-noire-etoiles-mortes couverture

 

Nuits noires, étoiles mortes (2012)

Full dark, no stars (2010)

      1922 : L’année

 Wilfried Leland James, fermier à Hemingford Home, Nebraska, a assassiné sa femme Arlette Christina Winters James avec l’aide de leur fils Henry Freeman James (Hank). Pour une question de terrain. Elle voulait vendre à un industriel agricole pour pouvoir ensuite vivre à Omaha. Lui ne voulait pas. Pomme de discorde banale au départ. Mais en cette période de crise agricole, qui était une période d’évolution aussi, où les liquidités étaient fragiles et où la vie rude se durcissait un peu plus. Il fallait survivre et éviter le moindre écart. Rester souder. Quand la famille s’enlisa dans une bouse relationnelle en même temps, la tache ou l’odeur de trop, c’était une des cordes sensibles à laquelle il ne fallait pas toucher. Wilfried et son fils ont dépassé une limite…

Une nouvelle horrible dominée par des actes d’amour inconsidérés, de la folie, de la paranoïa, de la frayeur et surtout des rats. Une intrigue macabre dont l’issue laisse dubitatif. Une tension qui ne cesse que quand le lecteur passe à la nouvelle suivante. Comment tout peut-il partir en sucette à partir d’un simple désaccord ?

Grand chauffeur

Dans le Connecticut, Tess, écrivaine, doit se rendre à Chicopee pour une rencontre littéraire. Une routine bien rémunérée. Avec en prime le conseil pour emprunter un raccourci pour le chemin du retour. Une journée idéale. Sauf que. Ce foutu raccourci prolongea son temps de parcours de souffrance, de panique, de résiliation, d’espoir et surtout de courage. Grand chauffeur était sur le chemin de Tess. Un long suspens, plus sobre que 1922, malgré la gravité du sujet traité. Cependant même s'il n’y a pas de chute surprenante dans cette nouvelle, le texte reste intense surtout avec une riposte appréciée.   L’attitude de Tess met donc en exergue les désirs réels bien ancrés d’une personne considérés comme victime, des désirs rarement mis en application en dehors de l’institution justice. Tess s’inspire de ce qu’elle a l’habitude de créer, de l’irréalité qu’elle écrit pour réagir de manière réfléchie, analytique. Terrorisée, elle lutte pour ne pas sombrer dans la paranoïa, à la panique. Un combat entre la folie, la fiction et la réalité.

 

Extension claire

 Dave Streeter, s’arrête sur l’extension de Harris Avenue à Derry, le long de l’aéroport pour y gerber son cancer. 6 mois à vivre. Il aperçoit « Extension claire, prix clair » inscrit sur la pancarte d’un marchand ambulant, Georges Dabiel. Un marché est conclu. Une bonne affaire, une belle promesse ou un pacte?  L’illustration typique de « Pourquoi moi et pas lui ». Le ton est donné. La chance, le destin, la bonne étoile, l’optimisme ou tout le contraire ? Une histoire courte, mais très vicieuse. Êtes-vous prêt à souhaiter le mal d’autrui pour atteindre le bonheur ?

 

Bon ménage

Darcy raconte sa vie. Un bon ménage qu’elle forma avec Bob pendant 27 ans. Deux beaux enfants à la clé. Mais connait-elle son mari ? Peut-on connaître tout de son alter ego ? Impossible en toute logique. Vous feriez preuve de don de voyance. Sans être médium, surtout parce qu’elle a cogné une boîte mal placée dans le garage, Darcy va découvrir que les apparences l’ont trompée. Un dilemme va lui pulvériser les sens. Un récit prenant, tendu, stressant qui réveille la haine pour qui de droit et de la compassion pour d’autres…

 

            Le recueil est très intense. Concentré. Suscite le questionnement sur les attitudes que souvent on aimerait avoir sans oser y penser. Les réactions de vengeance sont-elles justifiées ? Probable mais illégales…Comment aurions-nous réagi dans chacune de ces nouvelles ? Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Le retour, la contrepartie dans ce cas sont inattendus. Un  prix à payer pour avoir forcé le destin ? Wilfried tue sa femme, il s’en mort les doigts…. Le grand chauffeur viole Tess, une autre prune le récompensera… Bob torture, Darcy l’efface… Il n’y aura que pour Dave que la correction d’avenir n’aura que de bonnes conséquences futures… À vous de voir. Un King très en forme que je vous recommande.

Duma Key

Duma Key (2008)

Stephen King

Edgar Freemantel va nous démontrer que l’Amérique reste le continent de tout les possibles. Le légendaire rêve américain n’est toutefois pas à l’abri de dérapage. C’est peut-être ce qui lui permet de glisser plus rapidement dans le chaos. Un chaos qu’Edgar ne croyait peut-être pas accessible depuis sa réussite professionnelle récompensée en millions de dollars. A 50 ans, excellent entrepreneur en travaux public, 2 enfants, mariés à  une femme exemplaire, il est rattrapé par la faucheuse. Enfin presque, mais vu ce qui reste…Celle-ci le choppe de prêt sur un chantier. Il lui en coûtera un véhicule écrasé, un bras droit en moins, le crâne fracturé à plusieurs endroits et pour le plaisir d’ « El Diablo », côtes et hanches chatouillées…  Edgar en perd son langage, se découvre un comportement exécrable. Surtout sa femme, qui effrayée le quitte. Son psychologue lui conseille en plus d’une poupée anti colère (Reba), un traitement géographique pour pallier au suicide tant désiré.

C’est à la villa Big Pink sur Duma Key (une des îles du long de la côte de Floride) qu’Edgar trouvera refuge. Il se remet au dessin (si on peut dire que gribouiller quand on est au téléphone c’est dessiner), puis à la peinture. Il rencontre le jeune Jack (l’étudiant à tout faire) au petit soin pour lui. Ses nouveaux voisins, Wireman, un comique avec un pruneau dans la caboche qui vit avec Elisabeth atteinte d’Alzheimer.  Une île d’estropiés en somme. Evidemment un mystère ronge l’île, une triste histoire horrible. L’inspiration d’Edgar atteint un niveau d’excellence surprenante et lui ouvre grand les portes du succès. L’horreur évoluera proportionnellement à la naissance de ses œuvres d’arts.

Cette histoire est le passage de l’incarnation du rêve américain, que représente Edgar, à la plongée dans le cauchemar américain, que subit Edgar. Le fantastique, l’imaginaire, la beauté et l’horreur du tout forment une magnifique toile surréaliste. Il n’y a pas de doute. Des personnages complets, attachants, amusants, tellement écorchés et étonnement encore lucide malgré leurs vies pourries. Ils sont atteints d’une certaine manière, mais juste ce qu’il faut pour être efficace au fil de l’histoire.

Pourtant, la longueur était présente comme le coup de pinceau de trop. Je parle en format livre de poche, ici. « Je sais la longueur « d’attente » serait restée la même si je l’avais lu en format d’origine. C’était juste pour préciser où j’en étais dans mon petit format…. » Donc, l’histoire. Tout en douceur. A 400 pages, toujours tranquille, belle et étrange petit à petit. Pas de bousculade, ni de frayeurs. J’avais encore une moitié à lire donc en attente de quelque chose après une longue mise en place...Sachant que c’est dans les habitudes du king de ne pas nous présenter de la piquette et qu’il a tendance à meubler parfois, je continue. Et  à 600 pages, je râle un peu : « Boudiou !(ne veut rien dire mais on peut l’interpréter comme bon sens) On dirait du Daniel Steel ou un truc dans le genre. Mince. Peut-être en attendais-je de trop. Le premier king où je sens que c'est long ». Une fois ma pensée de base éructée, étonnamment c’est le moment dans le livre où tout se débloque.  J’avale le reste de Duma Key en plein suspens et malaise. Bien reprit sur ce dernier quart.

En général, je n’ai pas été subjugué par cet opus même si j’ai apprécié le décor, le personnage et les interactions entre ces éléments qui donnaient « de belles couleurs ». L’écriture est parfaite, oserai-je soulever un poil négatif la dessus. Moi le Minimoys…

Je suis bien d’accord avec  «  Fractal framboise » et sa chronique qui est bien plus technique et complète (http://www.fractale-framboise.com/2008/02/duma-key-stephen-king/) . Le coup du ventriloque est un peu gros, quid des tableaux restants (cela dit si une tempête final nettoie tout, on s’en fou un peu), la riposte  est un peu  facile après tant de complication pour atteindre et supprimer la force maléfique…

Finalement, c’est ouvrage est un beau dessin. Un Dali qui te parle, que tu regardes des heures durant et tu l’interprètes avec ce que tu peux, ce que tu comprends de l’art.  L’art pour l’art. Couronné du Prix Bram Stoker 2008 quand même.

Duma-Key1LDP 2011

 

Mes impressions sur BLAZE, SIMETIERRE, BAZAAR, SALEM et DÔME. Challenge Stephen King 2011

 

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