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Tijuana Straits (Kem Nunn)

Publié le par ChrisMo

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Tijuana Straits

Kem Nunn (2004)

(Sonatine 2011 – 10/18 2012)

 

Le surf et la putréfaction de la condition humaine près de la barrière américano-mexicaine.


D’un côté, il y a Sam Fahey, californien, solitaire résigné, dit Sam la mouette, surfeur légendaire, s’est reclus dans la vermiculture dans la vallée de Tijuana près de la frontière américano-mexicaine. Nostalgique des vagues, il vit au jour le jour occultant un passé sombre. Il occupe la fonction de pisteur pour rendre service au bureau des eaux et forêts. Il évite le plus possible les clandestins. Il préfère la compagnie des oiseaux, les pluviers neigeux.


« Fahey avait en général pour philosophie de ne pas s’occuper des clandestins qu'il lui arrivait de croiser, et il était à présent tenté de suivre cette ligne de conduite. IL voyait cela un peu comme la Directive Première des épisodes d'origine de Star Trek qu'il regardait quand il était enfant. Les formes de vies extraterrestres étaient tout simplement trop étrangères pour être parfaitement connues. Interférer dans leur développement serait revenu à induire des conséquences obligatoirement imprévues qui auraient toutes les chances de s'avérer désastreuses. » (p20-21)


Malgré lui, une femme Magdalena Rivera, une Mexicaine en fuite, lui demande de l’aide. Elle parle dans un anglais parfait, plutôt rare pour une clandestine. Ce qui n’augure rien de bon.


De l’autre côté, il y a donc Magdalena, orpheline, idéaliste, étudiante en droit environnementale travaille pour Carlotta (avocate). Éduquée par les sœurs bénédictines à la mort de sa mère emportée par une inondation lors de l’ouverture d’un barrage, opération qui consista à nettoyer une zone protestataire habitable afin de poursuivre l’investissement économique dans une industrie douteuse. Elle constitue le plus gros dossier jamais accompli dénonçant les abus en matière d’environnement, de droit du travail le long de la frontière mexicano-californienne. La corruption rend sa tâche dangereuse et freinera son désir de justice. Cette fois, c’est elle que quelqu’un tente d’assassiner.


L’industrie au Mexique : nombreuses sont les usines qui ressemblent dans leurs pratiques à celle de « Reciclaje Integral ». Des usines à capitaux étrangers, qui utilisent des produits toxiques sans mesure de sécurité stricte. La population est contaminée. Le pourcentage de cancer et autre maladie grave, mortelle, des déformations, des naissances de bébés sans cerveau…, grimpe. Les usines dénoncées sont abandonnées, l’intoxication du territoire s’intensifie, les zones de non-droit prolifèrent, les gangs, la maladie, les viols, les trafiques, les assassinats sont monnaies courantes. Au bout du compte, la mort et le chaos bouseux règnent.

 

Tijuana Straits est la passe difficile de Tijuana pour les surfeurs. Où la vague géante et mythique, la Mystic Peak, est sollicitée par les connaisseurs. Il y a une autre observation qui s’impose, plus en profondeur, dans les terres cette fois-ci. La passe difficile pourrait être cette barrière, traçant la frontière entre le Mexique et l’Amérique. En tout les cas, le titre à une double interprétation qui siéent parfaitement à l’histoire.


D’amblée l’auteur présente un gros dossier. Très précise, la première partie l’est un peu trop. Le côté technique du surf amène à croire qu’on va tomber dans un « Respire » de Tim Winton (où la majeure partie de l’ouvrage ne parlait que de cela étouffant ainsi la profondeur humaine et la trame de l’histoire). La culture des vers présentait le même défaut de lourdeur pour l’abondance de détails. Ajoutez à cela l’ampleur du dossier juridique monté par Magdalena. En gros, vous aurez un premier tiers dense.


Kem Nunn sort ses meilleures cartes dès le départ et le lecteur sentira que ce sera du solide et du percutant. Il plante un décor bien pollué, déprimant et violent des deux côtés et enfin des personnages bouffés de l’intérieur. Et puis que restera-t-il ? Après avoir tous envoyé au départ, vous croirez entrer dans un montage voisin d’une intrigue judiciaire à la John Grisham avec un super procès médiatisé, avec des pressions de toute part, avec un peu de PANG ! PANG ! Par-ci, par-là…


Et non ! Mais que restera-t-il alors ? L’atout.


Les confrontations entre les personnages et l’éclaircissement des choses, en partie (surf et culture des vers entre autres) réexpliquez plus simplement à travers les dialogues. Ce qui captera l’attention, rassurera et enivrera. Là, c’est bingo. Ensemble réussi. Un thriller avec chasse à l’homme, meurtres multiples. Mais pas que, il y aura de la chaleur humaine, de la nostalgie, de la remise en question, un soupçon d’optimisme. Au final, c’est un beau mélange qui marquera le lecteur amateur de romans noirs et de thriller. Puisqu’il y a un peu des deux.


Les conditions de vie des personnages sont proches de celles du Moyen Âge. Sauf qu’ici, ce n’est pas l’inquisition promulguée par l’église catholique qui engendra la peur, la pauvreté, aux conséquences atroces sur l’hygiène de vie. Cette fois, ce sont les capitaux étrangers, les accords de libre-échange, qui ont pris la relève et qui imposent le chemin de croix. C’est hallucinant, car cela se passe aux environs de 2004. Et c’est encore le cas… « Tijuana, la deuxième ville la plus violente du monde depuis 2008 ». Autre record et triste contraste. L’homme d’affaires mexicain, Carl Slim, est la 2e plus grosse fortune mondiale avec la rondelette somme de « 71,4 milliards de dollars »…


Ces individus errant aux abords de la barrière sont tous des naufragés qui tentent de se reconstruire une vie avec des restes éparpillés ça et là dans une zone marécageuse. La difficulté vient du fait qu’il y a plus de naufragés que de résidus. Le sol facilite le partage en aspirant celui qui fait un mauvais pas. Qu’il soit gentil ou non.


« Passé de paysan à baron de la drogue est une réussite social qui à droit à sa chanson qui passe sur les ondes radios » (p118)

 

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