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Travaux forcés (Mark Safranko)

Publié le par ChrisMo

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Travaux forcés (2013)
Odd Jobs (2010)

Mark Safranko

SORTIE LE 02 JANVIER 2013

Quatrième de couverture : « Ce quatrième volet des aventures de Max Zajack se situe chronologiquement entre Dieu bénisse l’Amérique et Putain d’Olivia. »

Good morning Vietnam ! Début des seventies, la fin de Nixon approche, la tension communiste aux abois, c’est la crise. Rien qu’à visionner Platoon, je soutiens Max Zajack dans sa prise de position. Without me Saïgon ! La perspective de se retrouver un membre en moins au retour, des neurones explosés, où la vie restée à quais là bas est peu encourageante. Une autre guerre pourrie et lourde de sens ronge Max. Trouver de l’argent pour subvenir à ses besoins primaires et les factures secondaires primordiales.
Max accumule les échecs professionnels et les femmes. Le deuxième est moins grave et presque insuffisant. Comment trouver sa place quand rien ne vous intéresse d’autre que de vouloir devenir écrivain ? Sans avoir écrit un best-seller, voire un livre tout court. Max erre, ambigu, entre le ringard et le volontaire. Subjugué par Dostoïevski, Henry Miller, Hemingway, il veut atteindre leur gloire, leur talent. Mais d'abord, il doit se loger et se nourrir. Les combines vont bon train, son découragement va et vient.

À travers une écriture légère, d’une grande clarté, brutale, ironique et un rythme lent. En plus d’une histoire proche de l’autobiographie, Mark transcrit à travers son personnage, l’image d’une Amérique malade, une société endormie emportant l’individu dans son déclin. Le travail obligatoire pour survivre, les travaux forcés, car il n’y a rien d’autre à faire. Agir sans réfléchir. Max ne supporte pas ce travail imposé sans qu’il puisse s’épanouir dans ce qu’il aime, l’écriture, la lecture, les femmes et l’alcool. Alors, il se cherche. Il est proche de la capitulation, de perdre l’esprit au point de se retrouver à l’Asile. Trimer pour des broutilles qui paient à peine le loyer calme les aspirations de grandeurs. Elles sont toujours présentes et le gout amer file la nausée. Rien n’a d’intérêt, déprimant.

C’est ce que dénonce ce roman noir énorme. Plein de cash. La difficulté de vivre à une époque où les regards sont fixés sur les États-Unis dans leur guerre à l’autre bout du monde. Ici il s’agit des années soixante-dix (ou septante). Aujourd’hui, le combat n’a pas changé. Même vérité, mais un décor différent. Europe, Orient, États unis toujours. Les privilégiés peuvent réaliser plus aisément leur désir que les « Max » considérés comme les flémards infectieux de l’État. Le carnet d’adresses est d’une grande aide. Sans, c’est le Vietnam à domicile, c'est se battre contre soi-même et le pays qui nous supporte. Pendant que les pontes se tapent un Stratego mondial, les « Max » peuvent crever la gueule ouverte.
Beaucoup d’amis et acharnés du « taf » rencontreront leur reflet dans ce roman miroir. La liberté un moment, le désespoir ou la honte parfois. Un sacré mélange. Cela me rappelle un entretien d’embauche. Je m’étais présenté pour un poste de magasinier-réassortisseur. À la vue de mon CV, après une longue discussion peu enrichissante, l’employé a mis le doigt sur mes multiples expériences de courtes et moyennes durées. Là où je me défendais comme étant un individu polyvalent, le gars m'a damné en définissant ma situation comme de l’instabilité. Et voilà, il cherchait quelqu’un pour une longue durée…
La liberté m’avait gagné momentanément. J’évitais ce que je ne voulais pas. Me coucher avec l'écho des cris de collègue efficace, des légionnaires du magasin, de caisse enregistreuse et de clients râleurs ou péteux. La honte de ne pouvoir apporter une bonne nouvelle et la pensée d’à nouveau se serrer la ceinture pour les mois à venir contra mon soulagement.

Il a fallu choisir parmi tous les passages révélateurs, marquants. Disponibles à chaque page. J’aurais dû recopier le livre entier si je m’étais contenté de mes notes. Une citation de Charles Bukowski au début du livre annonce le ton :

   « La seule pensée de m’asseoir en face d’un type derrière un bureau pour lui dire que je cherchais un boulot, que j’étais qualifié, c’était trop pour moi. Franchement, la vie me faisait horreur, tout ce qu’un homme devait faire pour avoir de la bouffe, un pieu et des fringues. »

La suite dans « Putain d’Olivia ». Les péripéties de Max Zajack, ses amours, son besoin viscéral d’écrire une œuvre fabuleuse l’écarteront-ils du suicide intellectuel et physique ?

Je remercie 13E Note Éditions pour ce partage de perles. Après Dan Fante, c’est au tour de Mark Safranko de m'avoir secoué les tripes.

Site de 13E Note Éditions  link

 

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